RÉFLEXIONS pour 1Co 14:1-3
Paul distingue clairement l'extase ordinaire accompagnée de glossolalie et la prophétie. La différence est évidente : la glossolalie, le « parler en langues », n'est qu'une forme d'état extatique particulier, où la frontière entre la conscience et la sphère de l'inconscient s'efface, y compris l'inconscient linguistique. Les structures de la langue maternelle sont profondément enracinées dans le subconscient de celui qui la parle, mais d'ordinaire l'homme ne remarque pas cet inconscient linguistique.
Quand il entre en extase, les limites de la perception s'élargissent, et ce qui n'est pas perçu dans l'état ordinaire devient perceptible. Cela vaut pleinement pour le langage : en état d'extase, l'homme se met parfois à « proférer » dans une « langue » incompréhensible. En réalité, bien sûr, il faut parler ici d'une activité quasi verbale, lorsque l'inconscient linguistique fait remonter à la surface ce qui sert normalement seulement de matrice phonétique et grammaticale à une parole sensée et consciente.
Mais il arrive qu'on prenne une telle matrice pour une parole dans une langue inconnue et incompréhensible. Dans l'extase, l'homme ne suit souvent pas ce qu'il dit, et il peut lui-même prendre ce marmonnement dépourvu de sens pour une parole. Une telle activité quasi verbale peut parfois témoigner d'une véritable extase, même si ce n'est pas toujours le cas, mais elle est inutile pour ceux qui l'entourent, comme d'ailleurs pour celui qui « parle » lui-même.
La prophétie est autre chose : il s'agit ici d'une révélation consciente, reçue par l'homme, en règle générale, non pour lui seul, mais aussi pour les autres, parfois même pour toute la communauté à laquelle il appartient. Une telle prophétie sert vraiment à l'édification. Mais il ne s'agit pas seulement de cela. Il s'agit aussi du fait que la révélation consciente est en elle-même un mode de communion avec Dieu plus profond qu'une extase à demi consciente, voire totalement inconsciente et donc incontrôlée, même si cette extase est authentique et liée à l'action de Dieu.
Tout simplement parce que, dans la communion avec Dieu et dans la vie spirituelle, l'essentiel est précisément la conscience : elle seule transforme l'homme d'une manière réellement profonde et durable. Les états spirituels inconscients passent sans laisser de trace, ou n'exercent qu'une faible influence sur la nature humaine. C'est pourquoi l'apôtre souligne l'importance du don prophétique, de la vie spirituelle consciente : car la vie dans le Royaume n'est pas une suite d'extases séparées par des vides, mais une communion stable avec Dieu. Avec un esprit sain et une mémoire ferme.
