RÉFLEXIONS. La réflexion principale.

RÉFLEXIONS pour 1Co 4:5

Paul parle de la nécessité de s'abstenir de juger et d'évaluer une personne. Manifestement, il a ici en vue la même chose que Jésus Lui-même, lorsqu'Il appelait Ses disciples à ne pas juger leurs proches. Les vrais serviteurs du Christ se distinguent précisément par le fait qu'ils s'abstiennent de juger et d'évaluer leurs proches.

Il ne s'agit évidemment pas d'évaluer des actes concrets ou les résultats d'une activité, sans quoi aucune interaction avec les personnes n'est possible, mais d'évaluer la personne elle-même. Souvent, en effet, nous transférons l'évaluation d'un acte concret d'une personne ou de son état spirituel à la personne comme telle, en pensant qu'elle est ce qu'elle est à ce moment précis.

Or les personnes changent, et la source de tous les changements est le « moi » spirituel de l'homme, ce que la Bible appelle le coeur et que Dieu seul voit jusqu'au bout, jusqu'à la dernière profondeur. C'est donc Lui seul qui peut évaluer l'homme adéquatement. Nous, nous ne pouvons évaluer adéquatement que des paroles, des actes et des résultats concrets. Mais même alors, il est important de ne pas utiliser ces évaluations pour déterminer la place d'une personne dans notre monde, dans le monde de nos relations.

En fin de compte, c'est Dieu qui donne à chacun son évaluation, et il Lui importe peu de savoir ce que nous pensons les uns des autres, non parce que nous et nos opinions Lui seraient indifférents, mais parce que nos évaluations mutuelles se révèlent presque toujours assez éloignées de la réalité qui Lui est ouverte. C'est pourquoi Paul n'accorde pas beaucoup d'importance à l'opinion des gens sur lui-même et sur son service, et il conseille la même chose aux autres. Dans ce cas, il n'a guère de sens d'exiger de ceux qui nous entourent qu'ils tiennent compte de nos opinions sur eux. Du moins lorsqu'il s'agit d'évaluer la personne elle-même, et non ses actes.

D'ailleurs, même lorsqu'il s'agit des actes, il importe de tenir compte des motifs qui ont animé la personne, et ceux-ci ne sont pas toujours faciles à comprendre. À plus forte raison ne faut-il pas déterminer la place d'une personne dans notre monde à partir de ses paroles, de ses actes ou de ses états passagers, spirituels ou psychiques. Sinon, chaque personne nous plaira inévitablement tantôt, tantôt non ; elle nous paraîtra tantôt proche et compréhensible, tantôt étrangère et lointaine ; nous la considérerons tantôt comme amie, tantôt comme ennemie.

Or, en réalité, cette personne peut très bien n'être rien de ce qu'elle nous paraît. Bien sûr, ses états, ses paroles et ses actes peuvent et vont inévitablement influer sur la possibilité d'interagir avec elle, mais cette interaction n'est qu'une fonction conditionnée par la situation. Donner une évaluation définitive de la personne à partir des manières et des formes de son fonctionnement est, au minimum, imprudent.

Car il arrive souvent que des personnes spirituellement vides soient extrêmement actives et « correctes », au point qu'elles peuvent sembler être un modèle de vie chrétienne. Mais souvent, ces militants, après avoir épuisé leurs forces et perdu leur ancien enthousiasme, se révèlent justement inconsistants spirituellement, n'ayant pas en eux cette vie du Royaume qui donne sens à toute activité. C'est pourquoi l'apôtre conseille de ne pas juger et de ne pas évaluer avant le jour du retour du Sauveur et du triomphe du Royaume : c'est seulement alors que l'on verra clairement qui a parcouru son chemin et ce que chacun vaut réellement.