RÉFLEXIONS pour Mt 9:4-5
Le péché et la maladie ont toujours été liés dans la conscience des personnes religieuses. Il en allait ainsi aussi dans le judaïsme des temps évangéliques. On tenait pour évident que la maladie, surtout grave, était la conséquence d'un péché commis par l'homme. Si une personne était malade de naissance, on pensait qu'elle souffrait à cause des péchés commis par ses parents : on supposait que les conséquences du péché pouvaient s'étendre à toute la lignée du pécheur. Pour guérir, il fallait se repentir sincèrement du péché commis ; alors Dieu, ayant pardonné le péché, pouvait délivrer de la maladie celui qui s'était repenti. Ainsi, lorsque Jésus dit à l'homme qu'Il guérit que ses péchés sont pardonnés, il n'y a rien d'inhabituel.
Sauf une chose : il en résulte qu'en parlant ainsi, Il pardonne le péché au nom de Dieu. Et cela suscite les questions correspondantes chez ceux qui L'entendent : en effet, seul Dieu Lui-même peut pardonner les péchés ; qui est donc cet étrange thaumaturge qui se met à la place de Dieu ? Si Jésus avait simplement guéri l'homme, les questions auraient été moins nombreuses : cela voudrait dire que la force de Dieu agit à travers Lui ; cela est possible, des choses semblables étaient déjà arrivées, des guérisons miraculeuses étaient connues depuis l'Antiquité, notamment par les prières des justes.
Mais ici a retenti une prétention à une prérogative divine, et la réaction a été correspondante. Pourtant, Jésus a dit exactement ce qu'Il se proposait de faire et ce qu'Il a fait. Car il ne s'agit pas d'une simple guérison. Une guérison ordinaire peut parfois réellement se produire par les prières d'une personne ordinaire, si cette personne est juste. Mais dans ce cas, la prière du juste devient une part de l'action de Dieu qui guérit l'homme. Et une telle guérison coûte de grands efforts spirituels, d'abord bien sûr à celui qui demande la guérison.
Car dans ce cas, l'oeuvre de Dieu se fait d'abord par lui. Or, dans le monde déchu, il n'est pas facile de s'opposer au mal dont toute maladie est une manifestation. Jésus, Lui, guérit autrement. Il fait simplement entrer l'homme dans le Royaume. C'est pourquoi Il dit au guéri que ses péchés sont pardonnés : désormais, ayant été associé à la vie du Royaume et s'étant confié à Jésus, le guéri commence à Lui appartenir, et les questions liées à son état de pécheur, il devra désormais les régler avec Jésus personnellement.
Le Sauveur pardonne au guéri ses péchés comme Roi de Son Royaume, où Il fait entrer l'homme qu'Il guérit. Là, dans le Royaume, la guérison se produit d'elle-même et beaucoup plus simplement que dans le monde déchu : car le mal n'a pas de place dans le Royaume, et la maladie y disparaît tout simplement d'elle-même. Guérir l'homme malgré sa nature corrompue par le péché est bien plus difficile que le délivrer de la maladie en libérant cette nature du pouvoir du péché et en la changeant. Jésus agit précisément ainsi, et Il le dit clairement aux personnes qui L'entourent. Quant à croire en Lui ou non, c'est à elles de décider.
