RÉFLEXIONS pour Jn 9:32-34
Un des phénomènes de la religiosité est le prisme à travers lequel l'homme religieux regarde le monde. Les pharisiens avaient eux aussi un tel prisme : ils étaient des hommes profondément et, à bien des égards, sincèrement religieux. C'est pourquoi l'explication simple et assez évidente de ce qui se passait, dont s'était contenté l'aveugle-né guéri par Jésus, ne les satisfaisait pas : le guéri n'était pas aussi religieux que les pharisiens qui examinaient l'affaire, et en un sens c'était plus simple pour lui. Il raisonne sans se référer aux conceptions religieuses des pharisiens. Cet Homme m'a guéri ? Il m'a guéri. Donc Dieu est avec Lui. Il ne peut en être autrement. D'autant que de telles guérisons n'avaient jamais eu lieu auparavant. Le cas est unique. Quelles preuves faut-il encore ? Pour les pharisiens, pourtant, tout n'est pas si simple. Ils ont d'autres critères.
Et le critère principal n'est pas la présence ou l'absence de guérison. Ni le fait que la force de Dieu se manifeste et agit. L'essentiel est la conformité à certains critères tirés d'une tradition religieuse déterminée. Ces critères, bien sûr, sont inventés par des hommes. Mais à l'homme religieux, ils apparaissent d'habitude comme donnés par Dieu et non inventés par les hommes. Et donc la conformité de ce qui arrive à ces critères prétendument révélés par Dieu devient le plus important. Même si le miracle est là, il ne peut pas être considéré comme authentique s'il ne correspond pas aux critères religieux.
Il faut alors chercher une autre explication même aux choses tout à fait évidentes. Les pharisiens qui enquêtent sur la guérison essaient précisément de le faire, en interrogeant encore et encore le guéri sur ce qui lui est arrivé. Ils cherchent à trouver au moins un indice qui leur permette d'obtenir une explication qui leur convienne. Mais il n'y en a pas. Et le guéri ne comprend pas ce qu'on lui veut. Il a déjà tout expliqué. Et pour lui, tout est clair. Les pharisiens assurent au guéri que l'Homme qui l'a guéri ne peut pas venir de Dieu, leurs critères religieux le disent clairement. Comment la guérison est-elle donc possible ?
Mais pour le guéri lui-même, tous ces raisonnements paraissent simplement une théorie artificielle dont personne n'a besoin. Il dit : je sais seulement que cet Homme m'a guéri ; quant à savoir comment cela s'est produit, qui Il est et d'où Il vient, vous le savez mieux que moi, débrouillez-vous. Finalement, ne trouvant pas d'explication qui leur convienne, les pharisiens qui enquêtent le chassent. Plus de personne, plus de problème. Peut-être l'affaire s'oubliera-t-elle toute seule. Et le guéri trouve le Sauveur. Lui, en tout cas, n'a certainement rien perdu.
