RÉFLEXIONS pour Mt 3:1-12
Si l'on écoute attentivement, on entend une tension dans l'appel même de Jean. Car pour appeler les gens au repentir, il lui a fallu rappeler que le Royaume des Cieux s'était approché. Hélas, il nous faut trop souvent rappeler quelque chose qui exige du sérieux pour que nous puissions nous souvenir de ce qu'il serait bon de faire même sans rappels. Et si nous n'arrivons pas à ne pas pécher du tout, pourquoi ne pas nous repentir à temps? Mais voilà, nous tirons jusqu'au point extrême.
Jean admet au baptême ceux qui viennent se faire baptiser après qu'ils ont confessé leurs péchés. Mais des pharisiens et des sadducéens, il exige qu'ils produisent un fruit de repentir, c'est-à-dire qu'ils prouvent leur foi par des actes. Bien plus, il les accueille très durement. Pourtant on pourrait reprocher au Baptiste de l'injustice, car les autres pécheurs veulent eux aussi échapper à la colère à venir, et leurs péchés ne sont guère plus noirs que ceux des pharisiens et des sadducéens.
Mais les pharisiens et les sadducéens prétendent être l'élite, et c'est pourquoi on leur demande davantage. Pourtant ce n'est pas la seule raison. Chez eux, gens d'une instruction raffinée, il n'y a déjà plus la simplicité des pécheurs «ordinaires», qui commettent habituellement des péchés «communément admis», mais qui peuvent, éprouvant du dégoût, s'en détourner. Mais l'esprit porté à la réflexion et aux jeux intellectuels cherche trop souvent à justifier toutes les actions de son maître instruit. C'est pourquoi il est plus difficile à ceux qui ont goûté au levain des pharisiens et des sadducéens de comprendre que le repentir n'est pas seulement la prise de conscience théorique de ce qui n'est pas bon, mais aussi le refus résolu de l'ancien mode de vie habituel.
