RÉFLEXIONS pour Mt 20:1-16 — le 12 mai 2022

RÉFLEXIONS pour Mt 20:1-16

La lecture d’aujourd’hui est une parabole bien connue de beaucoup, généralement appelée la parabole des ouvriers de la onzième heure. Nous avons sans aucun doute devant nous une parabole du Royaume, ce qui ressort ici aussi bien du texte — dans la plupart des paraboles bibliques, la vigne symbolise le Royaume de Dieu ou le Royaume messianique, symbolisme qui plonge ses racines dans la tradition prophétique — que du contexte (v. 16 ; Mt 19:30). Et son thème est, aussi paradoxal que cela paraisse, l’injustice de la récompense que reçoivent dans le Royaume ceux qui l’ont cherché et servi.

En effet, du point de vue humain, presque personne ne jugerait équitable un salaire identique pour un travail de durée inégale. Pourtant, c’est précisément la situation qui se présente ici (v. 8–12). Cependant, en réponse à l’indignation des ouvriers, le maître de la vigne leur fait remarquer avec raison qu’ils avaient accepté de travailler pour un salaire bien déterminé, qu’ils ont reçu intégralement. Ils n’ont donc, pour leur part, aucune raison de se plaindre, et le reste ne les concerne pas (v. 13–15).

À première vue, nous avons devant nous un exemple typique de nivellement, qui n’a jamais encouragé personne à travailler. Mais, d’un autre côté, nous voyons aussi une manifestation typique et caractéristique de traits de la nature humaine déchue tels que l’avidité et l’envie. Un denier par jour était un salaire tout à fait correct selon les normes de la Judée à l’époque évangélique, et personne n’avait promis à ceux qui étaient venus travailler les premiers qu’ils recevraient davantage. On pourrait dire que chacun des ouvriers a été bien payé pour son travail et que, de ce point de vue, personne n’est reparti lésé. Le ressentiment et l’envie ne sont pas apparus parce que certains ouvriers n’avaient pas reçu assez d’argent, mais parce que certains ont soudain décidé qu’ils méritaient davantage pour leur travail que les autres. Et selon les critères terrestres, selon les lois de notre monde encore non transformé, ils avaient raison.

Mais le fait est précisément que notre arithmétique ne s’applique pas au Royaume. Dans le Royaume, chacun reçoit non pas selon ses mérites, mais autant qu’il lui faut pour vivre, et vivre d’une vie pleine, telle qu’elle n’est possible que dans le Royaume. Dès lors, peu importe qui a eu le temps d’accomplir quoi sur le chemin du Royaume. En réalité, les premiers engagés pouvaient, au moment de leur embauche, penser qu’ils avaient de la chance : ils avaient trouvé du travail et savaient dès le matin qu’ils ne resteraient pas sans argent. Quant à ceux qui étaient restés toute la journée sur la place à attendre un employeur, ils avaient probablement fini par penser, vers le soir, qu’ils ne trouveraient plus de travail ce jour-là. Il en va de même du Royaume : ceux qui ont commencé plus tôt leur chemin vers lui ont en tout cas beaucoup plus de facilité, ne serait-ce que parce qu’ils savent avoir trouvé leur voie et avancer déjà dans la bonne direction sans perdre de temps.

Au fond, le Royaume est déjà ouvert à tous ceux qui marchent vers lui, pourvu qu’ils ne quittent pas la route ou ne rebroussent pas chemin. Le sort de ceux qui restent dans l’attente n’est pas encore déterminé. Pour eux, le Royaume n’est qu’une possibilité et, tant qu’ils demeurent immobiles, on ignore s’ils la réaliseront ou non. Mais tout cela n’a d’importance que tant que dure le chemin. Lorsqu’il sera achevé, une seule chose importera : le Royaume est venu.