RÉFLEXIONS pour Мк 2:19-20
Que nous donne ce texte maintenant que le Christ a déjà été crucifié, et donc déjà enlevé selon la logique de ce texte ? Seulement un témoignage en faveur de la justesse de la coutume des jeûnes établie chez nous, ou quelque chose de plus ? Que signifie pour nous cette période où les disciples « ne jeûnaient pas », à laquelle nous paraissons ne pas avoir part ? Le Seigneur n'a-t-Il pas illuminé par Sa présence sur la terre tous les siècles suivants ? Y a-t-il une différence essentielle entre nous et eux, ceux qui Le voyaient dans la chair ? Car nous nous appelons Ses disciples, comme eux. Où donc est la différence ? Sans doute, lorsque nous pensons avoir compris la logique du texte évangélique, nous nous trompons, car même si l'on ne prend que la dimension logique de tel ou tel fragment, elle est très complexe, fractale, multidimensionnelle. Dans le poème « Jean Damascène » d'A. K. Tolstoï, on lit ces mots : « Pourquoi ne suis-je pas né en ce temps, / Quand parmi nous, dans la chair, / Portant un douloureux fardeau, / Il marchait sur le chemin de la vie ! / Pourquoi ne puis-je porter, / ô mon Seigneur, Tes chaînes, / Souffrir par Ta souffrance, / Et prendre sur mes épaules Ta croix... » En réalité, nous ne regrettons pas cette joie, peut-être sans égale, de nous asseoir à la même table que Lui, mais plutôt le fait qu'il ne nous soit pas donné de partager Sa douleur... Mais est-ce pleinement le cas ? Souvenons-nous : « toutes les fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25,40). Nous ne sommes pas privés de ce bonheur, celui de prendre Sa croix. Mais alors nous ne sommes pas privés non plus de la joie de demeurer avec Lui. Oui, mais avons-nous tout de même besoin du jeûne ? Nous en avons besoin, car cette présence commune est voilée ; mais il y a des moments dans l'année liturgique où le jeûne n'a déjà plus d'importance : Pâques. Souvenez-vous de l'Homélie catéchétique de saint Jean Chrysostome : « Entrez donc tous dans la joie de notre Seigneur ; les premiers comme les seconds, recevez votre récompense ; riches et pauvres, réjouissez-vous ensemble ; vous qui avez pratiqué l'abstinence et vous qui avez été négligents, honorez ce jour ; vous qui avez jeûné et vous qui n'avez pas jeûné, réjouissez-vous aujourd'hui. La table est abondante : goûtez-en tous. » C'est précisément en ce moment que se révèle avec une force particulière le sens du passage d'aujourd'hui comme actuel ici et maintenant.
