RÉFLEXIONS pour Ex 20:1-20
Le lecteur moderne perçoit généralement le Décalogue comme une sorte de code moral. Dans une telle lecture, les commandements deviennent simplement les articles de ce code, énumérant les actions prescrites ou, plus souvent, interdites par Dieu. Et rares sont ceux qui, en lisant le Décalogue, se demandent pourquoi Dieu accorde une telle importance à la moralité. La réponse semble aller de soi, et l’on mentionne le plus souvent deux idées principales. Premièrement, on considère — non sans raison — que l’observation des commandements permet de ne pas nuire à son prochain dans les rapports que l’on entretient avec lui. Dans ce cas, on évoque cependant d’ordinaire la seconde partie du Décalogue, qui interdit le meurtre, le vol, la calomnie, la débauche et d’autres actes incontestablement immoraux et souvent punis par la loi. On ne parle pas de sa première partie, surtout des quatre premiers commandements, car ils ne concernent aucunement les relations humaines et ne décrivent que la relation de l’être humain avec Dieu. Or la société païenne moderne considère celle-ci comme une affaire privée qui ne touche pas aux normes et aux valeurs habituellement qualifiées d’« universelles ». Certes, les commandements qui interdisent tout ce qui est tenu pour une violation des normes universelles étaient connus de nombreux peuples bien avant Moïse. Il serait néanmoins exagéré de les dire universels : malheureusement, l’humanité entière était loin de les suivre, et ceux qui les observaient invoquaient généralement des puissances supérieures qui, selon eux, avaient sanctionné ces normes. Deuxièmement, on parle souvent de la valeur intrinsèque de la moralité, du fait qu’elle embellit et ennoblit l’être humain, et ainsi de suite. Il est difficile de ne pas être d’accord : il vaut assurément mieux être bon que mauvais, même si, dans notre monde déchu, être bon n’est pas toujours avantageux. Mais, par la bouche de Moïse, Dieu explique autrement la nécessité d’observer les commandements : ils sont nécessaires pour que l’être humain ne perde pas la crainte de Dieu et ne pèche pas (v. 20). La Bible n’oppose pas la moralité à l’immoralité, mais le péché à la justice — et aussi le péché à la sainteté. En fin de compte, l’une et l’autre décrivent et définissent la relation de l’être humain, d’abord avec Dieu, puis avec les autres. L’immoralité est terrible non parce qu’elle est laide et n’embellit nullement la personne, ni même seulement parce qu’elle fait du mal au prochain, mais avant tout parce qu’elle introduit l’être humain dans le péché et détruit sa relation avec Dieu. Lorsque cette relation est détruite, l’immoralité devient la norme et empêche son rétablissement : le cercle vicieux se referme. Le Décalogue n’est donc pas simplement un code moral, mais la description du chemin qui mène à Dieu, tout autant que de ce qui empêche l’être humain d’emprunter ce chemin.
