RÉFLEXIONS pour Gn 42:1-38
La lecture d’aujourd’hui nous raconte la première rencontre de Joseph avec ses frères après une longue séparation. Bien sûr, la première chose qui saute aux yeux est la mention du fait que les frères se prosternèrent devant Joseph jusqu’à terre (v. 6). Et Joseph se souvint aussitôt des songes qu’il avait vus dans son enfance (v. 9) et… accusa ses frères de ce dont ils ne pouvaient certainement pas être coupables : d’être des espions venus pour découvrir où et comment il serait préférable d’attaquer les frontières (v. 9 – 12). À première vue, c’est un comportement étrange : Joseph avait reconnu ses frères (v. 7), et ils s’étaient prosternés devant lui ; il aurait alors pu, semble-t-il, se faire reconnaître d’eux, rappeler le passé et goûter le triomphe de la justice rétablie. Mais au lieu de cela, Joseph commence un jeu complexe : il ne laisse pas voir qu’il a reconnu ses frères, les accuse de choses absolument impossibles et exige qu’ils lui présentent, comme preuve, leur plus jeune frère resté à la maison, Benjamin (v. 3 – 4, 13 – 16). On pourrait penser que c’est une punition pour ce qu’ils ont fait, une sorte de vengeance, le désir de faire sentir à ses frères ce que c’est que de risquer le frère cadet, le frère aimé. Il est facile de se débarrasser d’un frère qu’on déteste ; mais qu’est-ce que cela signifie de risquer la vie et la liberté de celui qu’on aime ? Mais cette décision non plus ne se révèle pas définitive : Joseph finit par relâcher tous les frères, n’en gardant qu’un seul en otage, avec l’ordre de ramener absolument avec eux, la fois suivante, le plus jeune frère (v. 18 – 20). Joseph ne doutait pas que ses frères devraient revenir : il savait combien de temps la famine devait durer. Plus encore, il ordonna de rendre à ses frères toute la somme que chacun d’eux avait payée pour le blé acheté en Égypte (v. 25). Sans doute l’ancien Joseph, qui racontait joyeusement ses songes à son père et à ses frères, n’aurait-il pas tardé à se révéler à ceux qui étaient venus et à leur rappeler tout ce qui s’était passé auparavant. Mais le Joseph d’aujourd’hui ne veut ni la preuve de son bon droit, ni même le triomphe de la justice. Il veut de ses frères le repentir et la conversion. Or cela est impossible tant qu’on n’a pas été, pour ainsi dire, dans la peau de celui qui a souffert de ton péché. Et Joseph fait sentir à ses frères ce que c’est que de perdre un frère aimé. En même temps, il leur fait comprendre que le grand responsable égyptien avec qui ils ont dû parler (car les frères n’ont pas reconnu Joseph !) ne leur est nullement hostile : voilà qu’il a même rendu l’argent du blé acheté… Et les frères de Joseph commencent peu à peu à comprendre que ce qui leur arrive est à cause de Joseph, à cause du péché commis contre leur frère (v. 21 – 22).
