RÉFLEXIONS pour Рим 4:9-11
Paul attire l'attention sur un fait qui fut plus d'une fois abordé dans les discussions rabbiniques de son époque : Abraham a entendu Dieu, L'a reconnu et Lui a fait confiance avant le don de la Torah, et même avant le jour où il fut circoncis. La circoncision était un moment essentiel ; pour les Juifs de ce temps-là, et encore aujourd'hui pour les Juifs croyants orthodoxes, le monde se divise entre circoncis et incirconcis, entre les nôtres et les étrangers, entre Juifs et païens.
Dans ce contexte, on discutait beaucoup dans le milieu rabbinique pour savoir à quel moment précis Abraham devient « le père de tous les croyants ». L'apôtre affirme : il le devint au moment même où il se confia à Dieu. La Torah et la circoncision viennent ensuite. Cela se comprend. En effet, la Torah n'est finalement pas une fin en soi ; elle n'est qu'un moyen sur le chemin de la justice. Ce chemin même qui, selon Paul, maintenant que le Christ est venu, n'est possible qu'avec Lui.
C'est pourquoi la foi est l'essentiel. Il ne s'agit pas, bien sûr, de ce que nous appelons souvent foi aujourd'hui : non pas d'une dogmatique dont nous sommes convaincus de la justesse, non pas de symboles de foi que nous sommes prêts à défendre, ni même d'une vision du monde que nous tenons pour la plus juste et la plus adéquate. Il s'agit de la foi au sens biblique du mot, de la foi comme confiance et comme relations qui découlent d'une telle confiance. Or les relations sont toujours dynamiques et toujours au présent. Toujours ici et maintenant.
La Torah nous aide seulement à construire notre vie, intérieure et extérieure, de sorte que les relations avec Dieu, les relations avec le Christ, demeurent toujours pour nous le centre autour duquel tout le reste est rassemblé. Quant aux « œuvres de la Torah », y compris une œuvre aussi importante que la circoncision, elles relèvent déjà du troisième niveau, extérieur, de l'existence humaine. Il est certes important, lui aussi, mais ce n'est pas lui qui détermine les relations de l'homme avec Dieu et avec les autres. C'est ainsi que l'apôtre construit cette hiérarchie des niveaux d'existence, ces couches existentielles dirait un philosophe moderne, sans laquelle une vie chrétienne pleine sera au minimum difficile, sinon impossible.
