RÉFLEXIONS pour Gn 37:2-36 — le 16 février 2022

RÉFLEXIONS pour Gn 37:2-36

À la lecture du passage d’aujourd’hui, un sentiment double naît involontairement. D’un côté, le comportement de Joseph, tel qu’il est décrit dans le récit, ne suscite nullement la sympathie d’un homme normal. En effet, quand et à qui les rapporteurs et les flatteurs ont-ils jamais plu ? Or Joseph nous apparaît précisément sous ce jour (v. 2). Il n’est pas étonnant que Joseph ne suscite chez ses frères rien d’autre que de l’hostilité. Et ses songes, cela va de soi, ne font que renforcer cette hostilité : leur sens est parfaitement transparent, et aucun des aînés ne veut naturellement se soumettre au plus jeune de la famille, car cela contredisait toutes les normes et coutumes admises à cette époque (v. 5 – 11). Mais, d’un autre côté, la haine des frères n’était pas provoquée seulement par cela. Les frères aînés voyaient sans aucun doute en Joseph un concurrent dangereux dans la lutte à venir pour le pouvoir dans la tribu après la mort du père. D’ordinaire, l’aîné devenait chef, mais Joseph avait pour lui l’amour particulier de son père ; et maintenant s’y ajoutaient encore des signes d’élection d’en haut : car le don des songes prophétiques, dont Joseph était doté, était considéré dans l’Antiquité comme un signe particulier de la bienveillance de Dieu. Une telle combinaison pouvait tout à fait pousser Jacob à changer les traditions et à transmettre le pouvoir à Joseph, bien qu’il fût le plus jeune. Alors les frères aînés de Joseph décident de se débarrasser de ce concurrent dangereux. N’osant pas verser le sang, ce qui, croyait-on dans l’Antiquité, souille l’homme et attire sur lui la malédiction, surtout lorsqu’il s’agit de sang innocent, les frères de Joseph finissent par le vendre comme esclave à une caravane de marchands qui passait et se dirigeait vers l’Égypte, fermement convaincus que, cette fois, ils se sont débarrassés pour toujours de ce rival dangereux (v. 18 – 28). De toute évidence, ce qui anime ici les frères de Joseph n’est déjà plus seulement l’irritation contre un flatteur et rapporteur, mais la soif du pouvoir, qui ne recule devant rien. Et cette soif les empêche de voir l’essentiel : le signe de Dieu envoyé à travers Joseph. Or ce signe, comme cela deviendra clair par la suite, indiquait des événements dont dépendrait directement la vie de Jacob lui-même et de tous ses descendants. Mais les frères de Joseph, occupés par leurs pensées sur l’héritage du pouvoir dans la tribu, n’avaient pas le temps de prêter attention aux signes : en Joseph, ils voyaient non pas un homme de Dieu par lequel Dieu voulait sauver la vie de son peuple, mais seulement un concurrent indésirable dans la lutte pour ce même pouvoir. Ils ne pensaient à rien de plus, et leur antipathie personnelle envers Joseph attisait encore davantage leur haine. Les passions et les calculs du moment ont empêché les frères de Joseph de voir en lui l’essentiel, ce qui constituait le sens de sa vie. Alors les chemins de Joseph et de ses frères se séparèrent pour longtemps. Ils se séparèrent afin qu’après de nombreuses années la mission de Joseph apparaisse plus clairement, et que ses frères comprennent enfin que le monde s’étend bien au-delà des limites de leur petite tribu.