RÉFLEXIONS pour Gn 2:4-25
À la lecture attentive du récit de la création de l’homme que nous trouvons au deuxième chapitre du livre de la Genèse, il est facile de remarquer qu’il constitue une sorte de commentaire et d’explication de la description du sixième « jour de la création » telle que nous la voyons au premier chapitre. En effet, l’apparition même du jardin d’Éden (v.8–14) à la place du désert auparavant stérile (v.4–6) rappelle qu’en un même jour avec l’homme Dieu a créé pour lui tout un monde dans lequel l’homme devait vivre, y compris les animaux domestiques (Gn 1:24–25 ; dans le texte hébreu, il ne s’agit pas simplement de « bétail » comme d’animaux, mais de « bétail » précisément comme animaux domestiques, destinés dès l’origine à l’homme). Ce sont évidemment ces mêmes animaux auxquels l’homme donnera ensuite des « noms », c’est-à-dire des appellations (v.19–20). De même, l’histoire de la création de la femme (plus exactement, de l’homme et de la femme) (v.21–25) ne fait que déployer le sens de cette courte phrase (« il les créa homme et femme ») que nous trouvons dans le récit de la création du monde (Gn 1:27). Nous avons devant nous la description de toute une série d’événements qui se sont produits simultanément ou presque simultanément, pour parler le langage biblique, « en un seul jour ». Et au centre de ces événements se tient l’homme (v.7). Ce qui frappe ici avant tout, c’est que l’homme créé par Dieu ne se distingue nullement par une nature particulière. À cet égard, l’homme ne se démarque en rien : comme tout le reste, il est créé de la poussière (« poussière du sol »). Or la « poussière », dans la Bible, désigne les éléments premiers dont se compose l’univers (Pr 8:26), et l’homme n’est pas unique ici. Son « âme » n’est pas unique non plus ; les animaux ont la même « âme » (v.19 ; cf. Gn 1:20–21 ; 9:4, 5, 10, 12, 15–16), ce qui n’est pas étonnant : le mot hébreu correspondant signifie simplement « vie », au sens de principe vital ou de force vitale présente chez tout être vivant. Si la « poussière » rattache l’homme à toute la nature en général, l’« âme » le rattache à toute la nature vivante. L’unicité de l’homme comme être créé « à l’image et à la ressemblance de Dieu » (Gn. 1:24–25) réside dans le « souffle de vie » que Dieu lui a donné (v.7). Mais ce « souffle » n’appartient pas à l’homme ; il ne fait pas partie de la nature humaine. Il lui est donné, tout en demeurant quelque chose de totalement différent de sa propre nature. À strictement parler, ce n’est pas du tout une nature : car il vient de Dieu, de Celui qui, ayant créé toute la nature, n’est pas lui-même nature. En un certain sens, l’homme est créé dès le commencement comme un être « surnaturel », c’est-à-dire qui dépasse les limites de la nature. Et ce n’est qu’en dépassant ces limites qu’il peut rester lui-même, tel que Dieu l’a conçu. La volonté, qui rend l’homme libre et lui donne la possibilité de choisir ; la raison et le principe créateur, qui l’élèvent au-dessus des instincts naturels ; et même simplement la conscience de soi, qui permet à l’homme de dire de lui-même : « j’existe », tout cela est don de Dieu à chacun de ceux qui viennent au monde. Et c’est le don le plus remarquable : Dieu donne à l’homme son humanité.
