RÉFLEXIONS pour Mc 6:17-29 — le 4 février 2022

RÉFLEXIONS pour Mc 6:17-29

De tout temps et chez tous les peuples, le serment engageait celui qui devait l’accomplir, faute de quoi des conséquences qu’il aurait eu lieu de regretter retomberaient sur sa tête. Ce n’est pas un hasard si les peuples anciens, y compris les yahvistes, juraient par le nom de leurs dieux, et si, dans le yahvisme aussi, il était d’usage de jurer par le nom de Dieu, le nom de Yahvé. L’homme appelait ainsi comme témoins et garants de sa promesse ceux qu’il était soit tout simplement impossible, soit, à tout le moins, mortellement dangereux de tromper. Une question se posait toutefois naturellement : toute promesse plaisait-elle à ceux qui, dans l’intention de celui qui prêtait serment, devaient en garantir l’accomplissement ?

Prenons, par exemple, le serment d’Hérode. Lui aussi jura très probablement par le nom de Yahvé, en qui il ne croyait peut-être pas véritablement. Mais cela signifie-t-il que Yahvé soit réellement devenu le garant du serment d’Hérode ? La question est rhétorique : jurer par le nom de quelque dieu que ce soit, et plus encore par celui du Dieu unique, supposait d’être engagé dans une relation profonde avec celui par le nom duquel on jurait. On ne peut pas en dire autant d’Hérode et de Yahvé : leurs relations étaient des plus superficielles, si tant est qu’elles aient existé.

Il y avait en revanche autre chose : une fausse fierté qui pousse parfois l’homme, par désir de paraître « dur », à faire ce qu’il regrettera très probablement amèrement par la suite. C’est ce qui arriva à Hérode. Il haïssait et craignait Jean, tout en éprouvant involontairement du respect pour lui, au point que, bien qu’il le gardât dans une prison réservée aux criminels particulièrement dangereux, Hérode vint néanmoins plus d’une fois s’entretenir avec lui. Il ne souhaitait guère la mort de Jean ; il voulait seulement que Jean se taise, que ses dénonciations des péchés et des crimes d’Hérode ne retentissent plus en public.

Les choses tournèrent pourtant autrement : un serment irréfléchi et le refus de « perdre la face » aux yeux de son entourage firent d’Hérode un meurtrier. Certes, ce meurtre ne fut ni le premier ni le dernier de sa vie, mais il s’agissait cette fois du meurtre d’un prophète, d’un homme de Dieu qu’Hérode, de surcroît, ne voulait pas tuer. Ainsi, la fierté et les fausses conceptions de l’honneur prennent l’homme au piège et l’obligent à faire ce qu’il n’aurait jamais fait autrement. Le cas est terrible, mais, dans le monde déchu, il est hélas parfaitement naturel.