RÉFLEXIONS pour Lc 4:16
Dans la Synagogue, dès l'époque du Second Temple, une coutume s'était formée: tout Juif croyant peut lire et commenter la Torah pendant le culte. Cette coutume passa de l'usage synagogal à l'usage ecclésial, de sorte que, dans les temps primitifs et les premiers temps chrétiens, il existait des prédicateurs ecclésiaux qui n'étaient ni diacres, ni presbytres, ni évêques, mais appartenaient au noyau actif de la communauté ecclésiale, sans lequel l'Église était alors impensable.
Un tel noyau actif existait aussi dans la Synagogue. En Judée, et en Palestine en général, il était habituellement composé, aux temps évangéliques, de membres de la fraternité pharisienne à laquelle appartenaient de nombreuses synagogues. Dans de telles synagogues, appartenaient aussi à la fraternité l'immense majorité des paroissiens, et naturellement le conseil des anciens et le rabbinat de la synagogue.
Les pharisiens étaient des prédicateurs et des missionnaires actifs, et la prédication retentissait constamment dans leurs synagogues; sinon tous, du moins beaucoup prêchaient. Mais, plus généralement, tout Juif croyant pouvait prononcer une prédication s'il avait quelque chose à dire. C'est de cette possibilité, à ce qu'on voit, que Jésus se servit. Il parla bien sûr aussitôt du Messie et du Royaume messianique, car c'était justement le passage correspondant du livre d'Isaïe que l'on lisait alors dans les synagogues.
Son discours ne consista pas en paroles, mais en un silence éloquent. Après avoir lu le texte, il ne dit plus rien, se contentant de s'asseoir. Par là, il faisait comprendre aux personnes présentes qu'il n'avait rien à dire: il est ici, il est venu, et c'est tout ce qu'il voulait communiquer à l'assemblée. Au fond, la rencontre avec le Christ se produit très souvent ainsi: il se tient simplement devant l'homme et se tait. Il se laisse voir, sans rien prédéterminer, sans rien exiger, sans insister sur rien et sans chercher à convaincre de quoi que ce soit. L'homme est libre de choisir, et il doit choisir lui-même. Face à face avec le Messie manifesté au monde. Comme alors à Nazareth.
