RÉFLEXIONS pour 1S 16:6-7
Le regard de Dieu et le regard de l'homme. Pourquoi sont-ils si souvent dissemblables? La réponse est simple: l'homme regarde le visage, Dieu regarde le coeur. Tout paraît clair: Dieu regarde l'intérieur, l'âme, l'homme regarde l'extérieur, la beauté corporelle. Ou non pas la beauté, mais ce qui rend l'homme grand aux yeux des hommes eux-mêmes. Mais si l'on y réfléchit, tout n'est pas si simple. Après tout, le visage de l'homme vient lui aussi de Dieu. On peut objecter: le visage ne vient pas de Dieu, c'est le coeur qui vient de Dieu. Le visage, l'homme se le fait lui-même; il reflète et exprime son essence, sa vie, ce qu'il est devant Dieu et devant les hommes. Mais avec le coeur non plus, tout n'est pas simple. Dans la langue de la Bible, le coeur est le «moi» spirituel de l'homme, sa dernière profondeur, celle où demeure le souffle de vie insufflé à l'homme par Dieu lors de la création.
Or, selon la parole du Sauveur, c'est précisément du coeur que sortent les mauvaises pensées et intentions. Le coeur aussi peut être différent, et ce qu'il sera dépend de l'homme. Et il n'existe pas d'hommes sans péché dans le monde: David ne faisait pas exception. Le visage et le coeur ne sont pas seulement un don de Dieu, mais aussi le résultat des efforts spirituels de celui qui les possède, les fruits de sa vie spirituelle. Où est donc la différence? Sans doute dans la dynamique du processus. La vie spirituelle de l'homme est une, c'est un unique processus spirituel. Un processus justement, un courant, ce que les philosophes des temps modernes appelaient parfois l'existence.
Un processus où un choix fait dans telle ou telle situation est remplacé par un autre, où une décision prise suit une autre. Où se tisse la trame fine et complexe des relations qui lient l'homme à Dieu et aux autres hommes, trame qui constitue le fondement de la vie spirituelle. Une trame qui n'est jamais statique, qui est toujours en mouvement, qui change toujours son dessin infiniment complexe. Même celui qui la possède ne peut pas toujours suivre ces changements: après la chute, nous nous connaissons beaucoup moins bien qu'il ne nous semble.
Et seul Dieu la voit tout entière, avec tous ses dessins, ceux qui ont été et ceux qui seront: car pour lui il n'y a pas de passé ni d'avenir tels que nous les voyons ici. Pour lui, notre passé et notre avenir sont un seul présent éternel. Et il voit toute notre vie spirituelle d'un seul regard et dans toute sa plénitude. Et notre coeur, jusqu'à sa profondeur entière. Avec le visage, tout est différent: il ne reflète et n'exprime que notre état spirituel à un moment précis. Par lui aussi, on peut juger l'homme dans toute la plénitude de sa vie spirituelle, mais seulement en ce moment concret.
Le visage est toujours dans le présent; il n'est vivant que dans l'instant donné. Le visage d'il y a une seconde n'est déjà plus un visage, mais seulement son contour, son esquisse, son masque. Le visage qui sera dans une seconde n'est pas encore un visage non plus, mais les contours brumeux de son image future. Or ce qui importe à Dieu, ce n'est pas un seul des nombreux instants de la vie humaine. Il juge de l'aptitude de l'homme à son oeuvre d'après toute sa vie dans son ensemble. Voilà pourquoi il ne regarde pas le visage, mais le coeur. Ce n'est pas difficile pour lui: tous les coeurs lui sont ouverts.
