RÉFLEXIONS pour Gn 14:1-24
Dans le récit de la guerre des rois, l'attention principale du lecteur est naturellement attirée par la figure de Melchisédek. Pourtant il est intéressant aussi en ce qu'il permet de mieux comprendre la situation qui se formait en Palestine au temps d'Abraham. Il n'y avait alors pas de pouvoir unique sur ce territoire, et les guerres entre petites cités-États, situées surtout en Galilée et dans la vallée du Jourdain, étaient chose courante. Les tribus vivant sur les terres voisines se trouvaient souvent entraînées dans ces guerres. C'est ce qui arriva à Lot: s'étant établi aux environs de Sodome (Gn 13:12), il fut capturé avec les habitants de la ville vaincue à la guerre (v. 11-12). Abraham dut délivrer son parent tombé dans le malheur, ce qu'il fit en attaquant de nuit le camp des vainqueurs (v. 14-16). Et Melchisédek, comme il était d'usage en ces temps-là, bénit le vainqueur qui revenait (v. 17-20). Qui était donc Melchisédek? Dans le texte du récit, il est appelé «prêtre», mais le mot hébreu correspondant n'a commencé à désigner le prêtre que beaucoup plus tard, après l'Exode; au temps des Patriarches, il ne désignait pas un prêtre, mais un prophète. En outre, il est ici question d'un dieu qui n'a aucun rapport avec le Dieu d'Abraham. Bien qu'il soit appelé dans le texte russe «Dieu Très-Haut», son nom hébreu («El-Élyôn») ne se rencontre que dans ce récit, et Abraham lui-même n'a jamais appelé Son Dieu de ce nom. Melchisédek, de toute évidence, ne servait pas le Dieu d'Abraham. Et pourtant son dieu n'était pas un baal ordinaire, de ceux que l'on rencontrait en grand nombre dans l'Antiquité, en Palestine comme dans les autres terres du Proche-Orient. À en juger par le fait qu'on l'appelait «maître du ciel et de la terre», il n'était pas un simple protecteur d'une ville ou d'une région, comme l'étaient les baals. Il était sans doute un dieu céleste à la manière du Zeus grec ou du Jupiter romain, et son culte reflétait de faibles lueurs d'un ancien monothéisme déjà presque entièrement disparu. Et voici maintenant que ce prophète d'un dieu céleste bénit Abraham, et sa bénédiction se remplit d'un sens auquel Melchisédek lui-même n'avait peut-être pas pensé, un sens qui se révélera pleinement bien plus tard, lorsque dans le Christ la possibilité de communion avec le Dieu d'Abraham s'ouvrira à chacun, et que la clarté de la véritable communion avec Dieu remplacera les pressentiments confus du paganisme.
