RÉFLEXIONS pour Gn 6:1-22 — le 7 janvier 2022

RÉFLEXIONS pour Gn 6:1-22

Le récit de la corruption du genre humain avant le déluge soulève énormément de questions ; peu de passages de l'Écriture sainte peuvent lui être comparés sous ce rapport. Mais voici ce qui est étonnant : ces questions, évidentes au premier regard, se révèlent, à y regarder de plus près, largement oiseuses. En effet, nous voulons absolument savoir qui sont ces fils de Dieu qui allaient vers les filles des hommes ; nous ne pouvons tout simplement pas vivre sans découvrir qui sont ces géants, ces hommes fameux depuis les temps anciens. Pourtant, qu'est-ce que cela changerait pour nous selon telle ou telle réponse ?

Ici, comme en beaucoup d'autres endroits, le récit biblique utilise le mariage comme symbole des relations de l'homme avec Dieu, et c'est un symbole très significatif. Le culte religieux apparaît apparenté à cette union essentielle d'êtres différents qu'est le mariage. Il est caractéristique que l'homme y apparaisse comme le principe féminin, qui a besoin d'être protégé et que l'objet de son adoration prenne responsabilité de lui. Il s'agit donc d'événements de l'histoire religieuse. Quant aux fils, la Bible désigne le plus souvent, au sens figuré, ceux qui participent de la nature de quelqu'un ou de quelque chose. Tel est le sens de nombreuses expressions bibliques, du « Fils de l'homme » aux « fils de la rébellion ». Les fils de Dieu mentionnés au début du chapitre 6 de la Genèse sont des êtres participant d'une nature immatérielle, spirituelle ; autrement dit, des esprits incorporels. Nous avons donc devant nous un récit de l'apparition du paganisme : l'homme, « s'étant égaré dans ses raisonnements », comme le dit l'apôtre Paul, commença à adorer des esprits créés au lieu d'adorer le Dieu unique. C'est ainsi qu'apparurent sur la terre les géants, des hommes possédant, grâce à leur union avec ces esprits, des capacités inhabituelles pour les hommes, et non prévues par le Créateur. Voilà, au fond, tout. Mais dans le récit du chroniqueur biblique, l'important n'est pas seulement cela.

En lisant ce qui a conduit au déluge, on ne peut pas ne pas remarquer les paroles que le chroniqueur met dans la bouche du Créateur. « Mon Esprit ne sera pas toujours méprisé par les hommes », dit-Il lorsque le paganisme apparaît. C'est une promesse immense, saisissante, où nous est manifestée la grande miséricorde de Dieu. Car en disant que la séduction du genre humain par une grande tromperie sera temporaire, le Seigneur promet par là même de vaincre et de faire cesser cette folie. Plus encore, Sa volonté est qu'une alliance d'amour unisse l'homme à la source même de la vie du monde, à l'Esprit Saint. Et le Tout-Puissant fixe une limite à la vie terrestre des hommes afin de nous donner la possibilité de Le rencontrer face à face ! Quelle pensée inattendue ! L'Écriture dit que Dieu n'a pas créé la mort ; ici, il est question du fait qu'Il désire aussi ramener à l'éternité l'homme qui s'en est détaché.

On ne peut pas non plus ne pas remarquer ces paroles : « ...le Seigneur se repentit d'avoir créé l'homme... » D'ordinaire, nous pensons que Dieu, tel un ingénieur malhabile, regretta ce qu'Il avait « fabriqué » ; non, bien sûr, il ne s'agit pas de cela. Même la trahison de l'homme n'est pas capable de dépasser la volonté de Dieu de nous donner la vie. Les mots clés de cette phrase viennent ensuite, lorsque le chroniqueur dit que le Seigneur « fut affligé dans Son coeur ». Dans la prière attribuée au roi Manassé (2 Ch 36:22a sqq.), il est dit de Dieu : « Tu es le Seigneur très-haut, bon, patient, très miséricordieux, et Tu te repens des méchancetés des hommes » ; cette citation est entrée dans l'une des prières du sacrement de pénitence. Voilà ce que dit l'Écriture : le Seigneur s'afflige du mal que nous commettons. L'affliction et le repentir « au sujet des méchancetés humaines », dont parle le chroniqueur au chapitre 6, sont une prophétie de la prière de la Croix, où le Seigneur dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font ». Ce mystère de miséricorde est l'essentiel du passage d'aujourd'hui. La compréhension humaine du repentir, propre à nous comme au chroniqueur, ne doit pas nous empêcher de l'approcher.