RÉFLEXIONS pour 1Jn 4:20-21
Ici, Jean unit l'amour de Dieu et l'amour du prochain. Un tel lien était enraciné dans la Torah, et il était parfaitement connu de la tradition rabbinique des temps évangéliques. Mais Jean le considère dans le contexte de la révélation nouvelle, chrétienne. Pour lui, l'amour n'est pas simplement une relation entre les hommes, comme c'était le cas aux temps préchrétiens; pour lui, il est inséparable de la nature même du Royaume. Auparavant, l'amour, comme la haine qui lui est opposée, était avant tout une relation liant les hommes entre eux, de même que la haine était une relation les séparant.
Le milieu à l'intérieur duquel ces relations se construisaient restait naturel, principalement psychique. Et c'était la nature du monde déchu, au fondement de laquelle se trouvait l'énergie naturelle, qui cache Dieu à l'homme plus qu'elle ne le révèle. L'amour comme phénomène spirituel ne pouvait pas ne pas entrer en contradiction avec cette nature qui cache Dieu; c'est pourquoi l'amour dans le monde déchu ne pouvait pas se révéler dans toute sa plénitude. Là où il ne pouvait pas pénétrer, il restait une place pour la nature déchue avec toutes ses manifestations, y compris les peurs propres au psychisme de l'homme déchu, pas toujours conscientes, mais toujours réelles et empêchant toujours l'homme de vivre une vie spirituelle pleine.
Le Royaume est autre chose. Ici, l'énergie naturelle est remplacée par l'énergie de l'amour de Dieu. Elle ressemble à l'énergie naturelle en ce qu'elle donne la possibilité d'être à toutes les formes et manifestations existantes de la vie naturelle. Mais, à la différence de l'énergie naturelle du monde déchu, l'énergie de l'amour de Dieu ne cache pas Dieu; au contraire, elle le révèle, lui, sa volonté et sa présence.
Un tel milieu correspond pleinement aux relations d'amour entre les hommes: l'esprit et la nature se trouvent en pleine harmonie. L'amour peut désormais se révéler dans toute sa plénitude; dans le Royaume, à la différence du monde non transformé, rien ne l'entrave. C'est pourquoi la délivrance complète de la peur y devient possible: l'ancienne nature psychique cède la place à une nouvelle, entièrement obéissante à la volonté de l'homme. L'amour se manifeste en plénitude, et il ne reste plus de place pour les peurs dans l'âme de l'homme. Voilà la vie chrétienne dont Jean, comme les autres apôtres, a rendu témoignage.
