RÉFLEXIONS pour Jn 20:20-22
Comment les apôtres se représentaient-ils la résurrection? Il est difficile de le dire avec précision. Bien sûr, comme tous leurs coreligionnaires, ils savaient que la résurrection suppose le retour des morts à la vie. Mais quelle serait cette vie? Après tout, dans le shéol aussi se déroulait une certaine vie. Même s'il fallait tout de même employer ce mot avec réserve. C'était plutôt une sorte de semblant, une ombre de la vraie vie. Et quelle sera la vie des ressuscités? À qui ressembleront-ils: à des hommes ou à des ombres sorties des tombeaux, ou directement du shéol? L'apparition de Jésus ressuscité dans la pièce où les disciples étaient réunis donne la réponse à cette question.
Il se présente devant eux comme un homme. Dans un corps transformé, mais précisément humain. Non comme un fantôme ou une ombre. Il est tellement homme que son corps, même après la transformation, porte encore les traces des souffrances endurées. La résurrection n'est pas un semblant de l'ancienne vie ni une quelconque immortalité de l'âme existant séparément du corps. Ici se trouve toute la vie dans toute sa plénitude. La vie du Royaume. Et Jésus ressuscité partage aussitôt cette vie avec les disciples. Il leur dit: recevez l'Esprit Saint. Le souffle de Dieu. Le souffle du Royaume. Celui-là même qui devra entrer dans le monde au jour de la Pentecôte.
Jésus le donne à ses disciples dès maintenant. Il leur fait sentir ce qu'il est, ce souffle. Le souffle avec lequel ils devront désormais vivre. Et qui fera d'eux-mêmes une part du Royaume. Bien sûr, il n'y a pas encore ici cette plénitude d'entrée qui devint réalité au jour de la Pentecôte. Il n'y a ici que le premier contact avec le Royaume. Mais celui qui l'a touché une fois ne sera plus jamais le même. Même les relations de celui qui l'a touché avec les autres changent: toutes les relations deviennent désormais une part du Royaume. Le péché pardonné est désormais pardonné une fois pour toutes; il n'obscurcit plus les relations de ceux qu'il concernait.
Dans le Royaume, tout ce qui se fait se fait pour toujours et jusqu'au bout. Mais le refus de pardonner le péché devient lui aussi quelque chose d'absolu et d'irréversible: car le refus dans le Royaume est aussi univoque, plein et définitif que le pardon. Le pardon du péché au prochain ouvre la route vers le Royaume, le refus la ferme: car un péché non pardonné et non repenti est incompatible avec la vie du Royaume. En donnant aux disciples de sentir la plénitude du Royaume, Jésus leur donne en même temps de sentir leur responsabilité pour cette plénitude. Cela se comprend: l'un ne va pas sans l'autre.
