RÉFLEXIONS pour Jn 19:7-8

Qui manipule l'homme, et comment? Et qu'est-ce qui donne aux manipulateurs du pouvoir sur les âmes? À première vue, Ponce Pilate n'est pas de ceux qu'on peut faire tourner comme on veut: représentant haut placé de ce qu'on appellerait aujourd'hui le «centre», disposant en Palestine de tous les pouvoirs nécessaires et de toute l'autorité, ainsi que des moyens nécessaires, même pour une intervention de force s'il le faut, il n'a personne à craindre, sauf Rome. Mais en réalité, tout se révèle bien différent. Pilate comprend parfaitement que l'Homme que l'élite du Temple lui a amené pour confirmer la condamnation à mort n'est coupable de rien, en tout cas pas selon les lois romaines. Il faut donc le relâcher. Mais agir ainsi signifie entrer en conflit avec le Temple! Pilate est un homme politique expérimenté; il comprend parfaitement qui se tient derrière la foule de la rue exigeant l'exécution de ce Prédicateur inoffensif. Bien sûr, il se dit Roi, mais si son royaume n'est qu'un «royaume de vérité», il n'est évidemment pas dangereux pour Rome. Au fond, qu'est-ce que la vérité? C'est une question philosophique qui n'a aucun rapport avec la politique réelle. Le Temple, lui, y est lié, de la manière la plus directe et immédiate. Il faut être en bons termes avec le Temple. Et une inquiétude confuse se glisse dans le coeur de Pilate: si cet Homme est devenu l'ennemi du Temple et de la Synagogue, ne deviendra-t-il pas, lui aussi, Pilate, leur ennemi s'il soutient Jésus? Et voilà encore des allusions sans équivoque à une possible dénonciation à Rome, qui suivra sans aucun doute: les cris de la foule ne sont pas fortuits, derrière eux se tiennent ceux pour qui écrire une telle dénonciation ne coûte rien, et là-bas, au centre, on prêtera certainement attention à leur lettre... et Pilate cède. Car il est un homme politique réaliste, un homme du système, il a quelque chose à perdre. Et il a peur. Or la peur est un crochet pour forcer le coeur de l'homme. L'amour est la clé, la peur le crochet. La clé est dans la main de Dieu, mais lui n'entre pas dans le coeur sans qu'on le lui demande. L'ennemi de Dieu, lui, avec son crochet, ne demande pas la permission. Et il entre dans les coeurs où l'on ne laisse pas entrer Dieu. On ne le laisse pas entrer afin qu'il ne gêne pas la «politique réaliste». Alors un autre entre dans le coeur d'un tel «politicien réaliste». Celui qui n'a affaire ni à la politique ni au politicien. Celui qui ne veut que le coeur d'autrui afin de s'y établir lui-même.