RÉFLEXIONS pour Jn 13:26-27
Il n'est pas rare d'entendre des croyants, comme d'ailleurs des incroyants, dire quelque chose du genre: le principal problème de l'homme serait qu'il ne peut pas rencontrer Dieu ou le Christ personnellement. Si chacun voyait de ses propres yeux, il ne resterait plus d'incroyants, tous croiraient. Mais voici la situation de la Cène. Judas, qui non seulement voit le Christ face à face, mais rompt le pain avec lui. Comment être plus proche et plus clair? Et pourtant, lui ne change pas du tout. Il ne commence pas à faire davantage confiance au Maître qu'auparavant. Et il ne se repent certainement de rien. Au contraire, il va faire ce qu'il avait décidé de faire. Et, aussi étrange que cela paraisse, Jésus lui dit de le faire plus vite. Qu'est-ce donc: le désir de mettre plus vite les points sur les i? Peut-être.
Mais il y a aussi une autre possibilité: une dernière chance est donnée à Judas. Jésus, bien sûr, comprenait parfaitement ce que Judas s'apprêtait à faire: il voit en effet le coeur humain de part en part, comme Dieu le voit. Le dessein de Judas n'était pas un secret pour lui, comme il l'était pour ses disciples. Mais Jésus comprend aussi autre chose: la chance de se repentir et de se convertir demeure pour l'homme jusqu'au tout dernier moment. La rencontre avec Dieu face à face ne garantit évidemment pas, en elle-même, une issue favorable. De même que la communion avec Jésus à la même table et la fraction du pain avec lui n'ont pas mené Judas à une issue favorable. Mais une telle rencontre peut devenir le moment de la décision. Et ce qu'elle sera dépend du choix de l'homme lui-même. La rencontre avec Dieu ne fait que donner forme à ce choix, le rendre visible et conscient pour l'homme lui-même.
Alors apparaît pour l'homme une nouvelle chance de repentir et de conversion. Bien sûr, il n'y a aucune garantie que l'homme l'utilisera. Dans la vie spirituelle, il n'y a jamais de garanties. Mais si la chance existe, on ne peut pas l'enlever à l'homme. Et Jésus laisse à Judas cette dernière chance. Il lui dit: agis. Fais ce que tu as conçu. Ici, bien sûr, il n'y a pas approbation de la trahison. Il s'agit plutôt d'une impulsion qui fait sortir l'homme de sa torpeur. Puisque tu t'es décidé, fais-le.
De telles paroles font habituellement sortir l'homme de la torpeur spirituelle et de l'indécision. Et il commence à agir. Alors apparaît aussi la chance que l'homme change d'avis. Qu'il modifie sa décision, fût-ce au dernier moment. Judas s'est tout de même repenti: il a dit directement au grand prêtre qu'il avait livré un innocent. Mais il l'a dit trop tard, quand tout était déjà fait. La décision s'est révélée tardive, et le repentir incomplet. Cette incomplétude a conduit Judas au suicide. Mais il a reçu sa dernière chance. Et il l'a utilisée comme il l'a voulu et comme il l'a pu.
