RÉFLEXIONS. La réflexion principale.

RÉFLEXIONS pour Jn 5:17-18

«Il se fait Dieu»: accusation assez souvent lancée au Sauveur pendant son ministère terrestre. Lancée par des hommes profondément religieux. Qu'est-ce donc: un mensonge malveillant ou un malentendu? Ni l'un ni l'autre, sans doute.

Il s'agit simplement de la différence entre la religion et la Révélation. Entre une connaissance de Dieu extérieure, comme vue de côté, et cette plénitude de communion avec lui qui est impossible sans la plénitude de sa présence en celui qui communie. Jésus parle sans cesse à ses auditeurs précisément de cette plénitude. Il sait de quoi il parle: il est né avec cette plénitude. Il n'a pas eu à la chercher ni à se réjouir s'il parvenait, ne fût-ce qu'un instant, à en saisir un reflet, comme les hommes ordinaires. La plénitude de la vie de son Père céleste demeure constamment en lui. Bien sûr, il comprend qu'aucun de ses auditeurs n'y a accès comme lui.

Mais il sait aussi autre chose: il existe un chemin qui mène à cette plénitude. Un chemin qui commence dans le coeur de l'homme, conduit à lui, puis, à travers la plénitude de sa vie, à la plénitude de la communion avec Dieu manifestée dans la vie du Royaume. Alors chacun devient fils de Dieu. Non pas le Fils avec une majuscule, bien sûr, comme lui-même, mais fils. Et là, il ne s'agit plus de religion, ni même de mystique, mais d'un être nouveau, d'une existence nouvelle, d'une vie nouvelle.

Dans la plénitude de la vie de Dieu, ouverte par le Messie. Par le Fils avec une majuscule. Mais pour l'homme qui a fait de la religion le but et le sens de sa vie, cela paraît blasphématoire. Comment l'homme pourrait-il prétendre à la plénitude de la communion avec Dieu? Entre Dieu et l'homme il y a un abîme. Il est infranchissable, toujours et en toutes circonstances. Et si quelqu'un apparaît en affirmant qu'on peut être proche de Dieu comme d'un homme, et même plus proche encore, il est soit fou, soit blasphémateur.

Jésus, pourtant, témoigne qu'en tant qu'Homme, il ne ressent pas de distance entre lui et Dieu. «Moi et le Père, nous sommes un». Il y a une distinction: le Fils n'est pas le Père. Mais il n'y a pas de distance. Et l'action est une. «Mon Père agit jusqu'à maintenant, et moi aussi j'agis». Cette absence de distance paraît absolument incroyable à l'homme religieux. Paradoxe: la religion est née précisément du sentiment de cette distance, elle est née pour la surmonter. Et voilà qu'apparaît Celui qui l'a surmontée.

On devrait, semble-t-il, seulement se réjouir. Mais il apparaît que ce qui avait été conçu comme un moyen a déjà eu le temps de devenir un but en soi. Et maintenant les spécialistes qui administrent ce moyen s'indignent en voyant qu'il devient inutile. Ils sont prêts à tout pour se débarrasser de Celui qui l'a rendu sans valeur. Mais le Royaume ne tient dans aucun cadre religieux. Il faut choisir, et chacun choisit ce qui est à lui.