RÉFLEXIONS pour Tt 3:5 — le 14 novembre 2021

RÉFLEXIONS pour Tt 3:5

Dans son épître à Tite, Paul lui rappelle l'essence du christianisme: l'homme est sauvé non par les «oeuvres de justice», mais par la grâce qu'il reçoit dans la communion avec le Christ et dans le contexte de la relation avec lui. Pour beaucoup de chrétiens aujourd'hui, ces paroles de l'apôtre sont devenues un lieu commun. Pourtant, elles portent toute la conscience de cette tradition du chemin de justice qui caractérisait le yahvisme dès la période antérieure à l'exil. Car avant même la venue du Christ, tout homme qui prenait la vie spirituelle au sérieux comprenait que la justice ne peut être atteinte par aucun effort humain, qu'elle est, dans son fondement, l'oeuvre de Dieu et non de l'homme.

Mais, d'un autre côté, on pourrait tout de même l'appeler une oeuvre divino-humaine, parce que la justice est impossible sans la participation de l'homme lui-même. Non seulement au sens où l'homme doit consentir à la présence de Dieu dans sa vie, mais aussi au sens où il doit faire des efforts constants pour se maintenir dans l'état de disponibilité nécessaire à recevoir ce que Dieu lui donne, à participer à la vie que Dieu lui ouvre et dans laquelle il l'introduit.

C'est cette activité de l'homme que l'on appelait habituellement «oeuvres de justice». Bien sûr, il a existé en tout temps une compréhension purement religieuse de la justice, qui ne supposait pas de chemin au sens propre, mais seulement l'accomplissement scrupuleux d'un ensemble prescrit de normes et de règles religieuses; toutefois une telle compréhension de la justice n'atteint même pas les meilleurs modèles du yahvisme et du judaïsme.

Cependant, si dans la Synagogue la justice religieuse pouvait encore trouver une place à la périphérie de la vie communautaire, même si cette périphérie, comme d'habitude, dépassait largement le centre en nombre, elle ne pouvait avoir aucune place dans l'Église par définition, du moins tant que le christianisme ne s'était pas partiellement dégradé en religion, ou plus exactement en une multitude de religions qui fleurirent avec le temps sur son sol spirituel. Voilà ce que Paul rappelle à Tite, sans doute aussi parce que la tendance à comprendre religieusement la justice existait déjà dans l'Église à cette époque et que l'apôtre la percevait comme une déformation spirituelle essentielle du christianisme.