RÉFLEXIONS. La réflexion principale.

RÉFLEXIONS pour Ac 21:27-28

L'épreuve la plus sérieuse pour l'homme religieux est l'épreuve de la liberté. Et de la liberté non seulement la sienne, mais aussi celle d'autrui. Surtout lorsqu'il s'agit de quelqu'un que cet homme religieux considère comme «des siens». Arrivé à Jérusalem, Paul éprouva pleinement la colère des «siens», indignés par sa liberté. L'apôtre, bien sûr, n'était nullement un adversaire de la religion comme telle. Il partageait entièrement l'avis du concile apostolique: la religion est admissible dans l'Église, mais elle ne doit pas être obligatoire et l'on ne peut l'imposer à personne. L'Église de Jérusalem se composait presque entièrement de Juifs, donc de personnes religieuses.

Paul, bien sûr, n'avait pas l'intention d'imposer à Jérusalem l'ordre et la pratique des Églises d'Asie Mineure, composées pour une large part d'anciens païens, donc de personnes séculières. Sa propre tradition religieuse ne lui pesait nullement: sans aucune résistance intérieure, il accomplit les rites de purification prescrits, qu'il connaissait parfaitement depuis l'enfance, et vient au Temple, qui lui était familier depuis sa jeunesse, depuis le temps de sa formation auprès de Gamaliel. Mais il apparaît qu'il ne suffit pas d'être soi-même un homme religieux pour apaiser la conscience religieuse.

La conscience religieuse possède une cohérence qui exclut toute alternative. Si l'homme n'appartient pas entièrement à la religion, si elle n'est pour lui qu'une part de la vie et non toute la vie, sa conscience religieuse n'est jamais tranquille. Pour Paul, sa religiosité n'était pas un absolu, et sa conscience n'était déjà plus celle d'un homme religieux. Il était depuis longtemps sorti des cadres de sa religion et de sa religiosité. Sa vie spirituelle était liée au Royaume, non à la religion. La religion, bien sûr, ne faisait pas peur à l'apôtre, mais elle n'occupait pas pour lui la première place. Et la foule religieuse rassemblée dans la cour du Temple l'a très bien senti.

Elle exprima même ce sentiment par la bouche de ceux qui accusaient Paul d'appeler les autres à ne pas observer les traditions juives. À première vue, pourquoi ceux que les Juifs eux-mêmes considèrent comme païens devraient-ils observer les traditions juives? Et pourquoi Paul aurait-il dû leur imposer ces traditions? Il n'a pourtant jamais détourné personne du judaïsme; il ne cherchait seulement pas à faire de tous et de chacun des Juifs parmi ceux à qui il prêchait. Mais c'est précisément un tel comportement qui constitue une apostasie pour la conscience religieuse.

Il n'existe dans le monde qu'une seule vérité, il ne peut y avoir dans la vie qu'un seul but, et si le prédicateur ne prêche pas ma religion, il est infidèle. Et s'il était «des nôtres» et prêchait notre religion, puis prêche maintenant autre chose, cela veut dire qu'il est apostat. Peu importe alors que ce païen d'Éphèse, que Paul aurait prétendument introduit dans une cour où il n'avait pas le droit de se trouver, ait réellement existé: s'il n'existait pas, il fallait l'inventer, et on l'a inventé. Ainsi commence la dernière étape du ministère de Paul et de son chemin terrestre: par une confrontation avec la religion, cette force même qu'il considérait comme la menace principale pour la formation spirituelle de l'Église.