RÉFLEXIONS pour Jn 6:35
Jésus Lui-même et tout ce qui Lui est lié ont été perçus de manières différentes par différentes personnes. Lui-même, pourtant, ne parlait toujours que d'une seule chose: du Royaume qu'Il a apporté dans le monde. Il sait qu'Il n'a rien d'autre et qu'aucune autre tâche ne se tient devant Lui que de rendre le Royaume accessible à quiconque cherche. En se nommant « pain de vie », Jésus veut faire comprendre à ses auditeurs une pensée simple, mais qui n'entre en aucune manière dans leur conscience: Il leur a apporté la plénitude de la vie. Non pas de la vie temporaire, qui est là aujourd'hui et ne sera plus là demain, mais de la vie véritable, celle qui n'a pas de fin parce qu'elle n'a pas non plus de commencement, demeurant entièrement en Dieu et s'ouvrant dans son Royaume. On voit que ceux qui écoutent Jésus ne comprennent pas du tout comment une telle vie peut exister. Ils sont plus habitués et plus sensibles à des manifestations particulières et concrètes de cette vie.
Par exemple, la manne: ici tout est plus ou moins clair; Dieu, par sa puissance, a accompli un miracle, et une certaine part, somme toute petite, de cette vie qui s'ouvre maintenant au monde dans sa plénitude s'est trouvée liée à cette manne. Jésus, Lui, ne parle pas d'une partie, mais du tout. Mais un malentendu surgit alors: ce tout est inaccessible au regard terrestre ordinaire. Il lui est invisible. Avec la manne, c'est plus simple: il y a quelque chose de visible pour chacun, et ce visible change ses propriétés de telle façon que l'action de l'invisible devient absolument indubitable. La plénitude de la vie du Royaume, elle, se révèle totalement inaccessible à la vision physique.
Il faut autre chose: la volonté. C'est la volonté qui détermine la vie spirituelle et l'état spirituel de l'homme. Et seule la volonté peut voir et éprouver cette plénitude de la vie du Royaume dont parle Jésus. Mais c'est précisément à cela que ses auditeurs ne sont absolument pas prêts. Ils veulent de l'extérieur. Ils veulent des signes, de préférence surnaturels, qui deviendraient des preuves que Jésus est réellement le Messie. Et du Messie, ils attendent avant tout des miracles, semblables au rassasiement de milliers d'hommes avec quelques pains. Des miracles qui changeraient leur vie, mais pas radicalement. Et qui, à coup sûr, ne les changeraient pas eux-mêmes.
C'est pourquoi ils n'ont pas besoin du Royaume. On n'entre pas si simplement dans le Royaume; il faudra changer, et sérieusement. Or ceux qui écoutent Jésus veulent entrer dans le Royaume du Messie sans rien changer radicalement en eux. C'est pourquoi ils n'ont pas besoin de la plénitude de la vie. À quoi leur servirait-elle si, dans leur état présent, la plupart des auditeurs ne peuvent même pas la voir? Mieux vaut la manne. Mieux encore, un pain miraculeux qui suffit à tous, et gratuitement. Mais ce n'est pas le Royaume que le Sauveur a apporté dans le monde. Celui-là ne sauve pas. Et il ne donne pas la vraie vie.
