RÉFLEXIONS pour He 5:10 — le 24 octobre 2021

RÉFLEXIONS pour He 5:10

En appelant le Christ « prêtre pour toujours selon l'ordre de Melchisédek », l'auteur de l'épître s'adresse à l'un des personnages bibliques les plus mystérieux. Melchisédek est effectivement désigné dans le livre de la Genèse par un mot que l'on traduit traditionnellement par « prêtre », même s'il n'était évidemment pas encore question du sacerdoce lévitique à son époque.

Le Dieu que sert Melchisédek est appelé du nom El-Élyôn, que l'on ne rencontre nulle part ailleurs, sauf dans le récit de la bénédiction d'Abraham par Melchisédek; le Dieu d'Abraham n'a jamais été appelé ainsi. Et voici que ce serviteur mystérieux d'un dieu inconnu bénit Abraham, que son Dieu conduit. Il bénit par révélation, par inspiration, sans appartenir au peuple de Dieu, se trouvant comme hors de l'histoire de la Révélation et en même temps s'y intégrant d'une manière tout à fait inattendue, hors de tout cadre et de toute représentation humaine du salut.

C'est ainsi que le Christ Lui-même entre dans le monde et dans l'histoire du salut: hors de tout cadre humain, de manière inattendue, imprévisible, violant et détruisant toutes les représentations et conceptions messianiques de son époque. Mais il y a encore quelque chose de commun entre Lui et Melchisédek. Comme dans tout cas où il s'agit d'un phénomène que nous appelons aujourd'hui généralement charismatique, dans la bénédiction de Melchisédek la nature humaine jouait un rôle assez réduit.

De tels actes spontanés, de caractère prophétique, s'accomplissent souvent, pour ainsi dire, « par-dessus » la nature humaine. Certes, ce n'est pas la même chose que dans le Christ, chez qui la nature était précisément incluse tout entière et pleinement dans chacun de ses actes. Mais pour l'homme déchu, l'acte charismatique est souvent le seul moyen de réduire au minimum les déformations que le péché humain introduit dans la vie spirituelle. Tout prêtre, par exemple, devait, en tant que président de l'assemblée, s'opposer d'abord à sa propre condition pécheresse; autrement, comme président, il n'aurait rien pu faire.

Jésus, Lui, est simplement libre du péché; Il n'a pas à lutter contre Lui-même pour porter le ministère que le Père Lui a confié. Et à cet égard le charismatique Melchisédek est plus proche du Christ qu'un prêtre ordinaire: bien sûr, il n'est pas sans péché, mais en bénissant Abraham, il franchit en quelque sorte, avec l'aide de Dieu, sa propre condition pécheresse. Pour Melchisédek, ce n'est qu'un état de courte durée; pour Jésus, c'est l'état habituel: Il est né ainsi et vit ainsi. Mais dans l'instant où Melchisédek comprend qu'il doit bénir Abraham, il se trouve plus proche du Christ que n'importe quel prêtre qui surmonte sa condition pécheresse dans le service quotidien. Le Grand Prêtre sans péché, qui pour les hommes a partagé avec eux le sort de l'homme pécheur: c'est ainsi que le Sauveur apparaît dans l'épître.