RÉFLEXIONS pour Mt 8:10-23 — le 17 juillet 2021

RÉFLEXIONS pour Mt 8:10-23

Il est intéressant de se demander qui Jésus appelle au juste « fils du Royaume ». Dans l’usage sémitique traditionnel, hébreu comme araméen, cette expression désigne ceux qui appartiennent au Royaume. Dès lors, à en juger par le contexte de cette parole, il faut penser que Jésus parle de ses compatriotes, des Juifs, du peuple de Dieu. Il est clair que l’appartenance au peuple juif ne garantit pas à elle seule le salut ni l’entrée dans le Royaume : elle n’est qu’un bon fondement sur lequel on peut édifier son salut. Pourtant, le sens des paroles du Sauveur semble être qu’Il parle de ceux qui appartiennent au peuple juif comme de personnes qui possèdent déjà le Royaume, mais qui peuvent, sous certaines conditions, le perdre. Que veut-Il donc dire ? Et de quel Royaume pouvait-il être question avant sa venue dans le monde ? L’histoire même de l’alliance, l’histoire des relations de Dieu avec son peuple, pourrait peut-être répondre à cette question. Dès l’origine, cette histoire supposait non seulement un commencement, mais aussi une fin, un accomplissement, et donc le Royaume. Selon le dessein du Créateur, le destin de chacun de ceux qui appartiennent au peuple de Dieu doit s’accomplir dans le Royaume. Toute l’histoire de l’alliance n’a de sens que dans ce contexte. Or le Royaume embrasse non seulement notre présent, mais aussi notre passé et notre avenir ; il comprend la plénitude des temps et tout le temps existant. Pour le Royaume, semble-t-il, le passé, le présent et l’avenir n’existent pas au sens où nous les entendons : seul est réel pour lui ce qui en fait partie, et, du point de vue du Royaume, le monde entier se divise entre ce qui appartient au Royaume et ce qui ne lui appartient pas. Le temps de notre monde ne joue donc ici aucun rôle particulier : si quelqu’un ou quelque chose a un rapport avec le Royaume, même seulement potentiel, alors, du point de vue de ceux qui demeurent dans le Royaume, cette personne ou cette chose lui appartient également. Notre monde non transfiguré ne commence à prendre conscience de leur appartenance au Royaume que lorsque celui-ci se révèle à lui avec la plénitude nécessaire à cette compréhension. Il n’est donc pas étonnant que Jésus, regardant la situation précisément depuis le Royaume, voie l’appartenance au Royaume du peuple de Dieu tout entier et de chacun de ses membres en particulier. Mais, d’un autre côté, l’histoire de ce peuple se déroule aussi dans notre monde non transfiguré ; elle est, au fond, ou du moins aurait dû être, l’histoire de sa transfiguration. Tant que ce processus n’est pas achevé, le chemin vers le Royaume ne l’est pas non plus. Il reste donc possible de quitter ce chemin et de ne pas entrer là où il conduisait.