RÉFLEXIONS pour Lc 3:1-38
La lecture d’aujourd’hui nous ramène une nouvelle fois à la figure de Jean le Baptiste. Nous rencontrons ici encore les différents points de vue des évangélistes Matthieu et Luc, cette fois au sujet du ministère de Jean. Contrairement à Matthieu, Luc mentionne non seulement le contenu général de la prédication du prophète (v. 3-9), mais aussi les conseils que Jean donnait aux personnes de différentes professions et conditions sociales (v. 10-14). Ces conseils variaient selon les cas, mais ils avaient aussi quelque chose en commun : tous étaient liés, d’une manière ou d’une autre, à l’observation des commandements donnés par Dieu.
En rappelant les paroles d’Isaïe sur la nécessité de « préparer le chemin du Seigneur » (v. 4), Jean pense manifestement avant tout à l’importance de suivre la Torah. Il pourrait sembler que cet appel n’avait rien de fondamentalement nouveau, puisque tous les prophètes de l’Ancien Testament en avaient parlé. Pourtant, l’activité de Jean comportait aussi quelque chose d’inhabituel.
Ce n’est pas par hasard que le récit de l’évangéliste mentionne les collecteurs d’impôts, les « publicains », et les soldats (v. 12, 14). Dans la société juive des temps évangéliques, les uns et les autres étaient des parias. On considérait les publicains comme des collaborateurs qui travaillaient avec les occupants et dépouillaient leur propre peuple. Quant aux soldats, il s’agit probablement de soldats romains qui étaient soit païens, ce qui est peu vraisemblable, soit prosélytes, anciens païens convertis au judaïsme. La position sociale de ces prosélytes était assez ambiguë : ils n’étaient pas considérés comme membres à part entière de la communauté juive—seuls leurs enfants le devenaient—et, pour leurs compagnons de peuple, ils étaient des étrangers, souvent même des traîtres.
Jean, lui, accueille manifestement chacun indépendamment de son statut social ou religieux. Il ne pensait évidemment pas que le Royaume messianique à venir serait donné uniquement aux Juifs orthodoxes. Le chemin était ouvert même à ceux que le peuple de Dieu considérait comme perdus, et perdus pour toujours : les publicains. Ils avaient commis leur péché consciemment et volontairement, et l’on estimait qu’il était impossible de se purifier des conséquences d’un tel péché, même si le pécheur se repentait ensuite sincèrement de ce qu’il avait fait. Dieu pouvait accueillir son repentir, mais la souillure laissée par le péché reposait pour toujours sur lui et sur ses descendants.
Pourtant, Jean ne repoussait pas même les publicains : il exigeait seulement qu’après le bain de purification, le « baptême », ils ne transgressent plus les normes de la Torah (v. 13). Il ne considérait manifestement pas la collaboration avec les autorités romaines comme un péché aussi terrible que la majorité de ses contemporains. Mais, bien sûr, ce n’était pas tout. Jean comprenait mieux que personne que le Messie qu’il attendait et dont il annonçait la venue apporterait au monde le Royaume, où chacun recevrait la possibilité de recommencer sa vie à neuf. Sa propre tâche consistait à préparer le peuple de Dieu à cette vie nouvelle, une vie à laquelle, après s’être repenti, même le pire pécheur pourrait prendre part, pourvu qu’il sache accueillir le don principal du Royaume : le don de l’amour de Dieu.
