RÉFLEXIONS pour Dt 4:1-49 — le 13 juillet 2021

RÉFLEXIONS pour Dt 4:1-49

Ce n’est pas par hasard que le livre du Deutéronome a reçu son nom. Il faut reconnaître que ce sont les traducteurs qui rendirent le texte hébreu du Pentateuque en grec au IIe siècle av. J.-C. qui le nommèrent ainsi. Mais ce nom se révéla très heureux : il s’agit d’une seconde loi, d’une nouvelle version de la Torah apparue après la première, plus ancienne, que nous trouvons dans le livre de l’Exode. Les biblistes parlent de l’origine tardive du Deutéronome, tandis que son auteur rapporte son texte à l’époque de Moïse. Quoi qu’il en soit, on suppose en tout cas que les lois que nous trouvons dans le Deutéronome sont apparues après celles que contient l’Exode.

La législation se développe—voilà l’essentiel, et tout le reste n’est que détail historique qui ne change rien au fond. Si la Torah peut changer avec le temps, il n’est plus si important que quarante ans ou six siècles séparent deux changements : ce qui compte, c’est le fait même que la Torah change, se développe et se forme au cours de l’histoire. Le livre du Deutéronome, et ses premiers chapitres introductifs qui donnent un aperçu historique du chemin parcouru par le peuple, témoignent précisément d’un tel développement de la Torah. Ici, la législation est précédée par la description du chemin parcouru et elle est donnée au terme de ce chemin.

La Torah change conformément à ce chemin et, en même temps, elle le détermine et lui donne un sens sans lequel tout le parcours du peuple ne vaudrait rien. On pourrait dire que, dans un certain sens, la Torah devient elle-même un chemin—le chemin du peuple devant Dieu, dont le trajet extérieur, géographique et historique, constitue la forme visible. Le chemin de la Torah ne peut exister sans ce trajet extérieur, mais sans la Torah comme noyau spirituel, le trajet extérieur ne reste qu’une enveloppe vide. Il n’y a pas d’histoire sans la Torah—du moins pas d’histoire du peuple de Dieu en tant que peuple de Dieu.

Mais il n’existe pas non plus de Torah en dehors de l’histoire. Même si l’on ne considère la Torah que comme une législation ou comme un code moral, elle est inconcevable sans les hommes qui l’accompliront, hors du contexte de leur histoire et de leur chemin spirituel et concret. La Torah s’incarne dans l’histoire, avant tout dans celle du peuple de Dieu, et devient en même temps la force qui donne à l’histoire sa forme et sa qualité spirituelles, en la remplissant de sens—non de significations humaines passagères, mais du sens de Dieu, éternel et impérissable, qui relie l’histoire terrestre au Royaume.