RÉFLEXIONS pour Deu 2:1-37
Selon le livre du Deutéronome, pendant le trajet du Sinaï aux frontières de la terre promise par Dieu, la génération de ceux qui étaient sortis d’Égypte disparut. Ce n’est qu’alors, comme Dieu l’avait dit à Moïse au Sinaï, que commença la conquête de la terre. Elle ne se fit évidemment pas en un instant, et le trajet lui-même prit beaucoup de temps. Moïse avait un peu plus de quatre-vingts ans lorsque Dieu Se révéla pour la première fois à lui au Sinaï, et il mourut dans les steppes de Transjordanie à l’âge de cent vingt ans.
Quarante ans s’écoulèrent depuis le jour où le peuple quitta l’Égypte avant qu’il ne soit prêt à entrer dans la terre que Dieu avait promise à ses pères. Chez les anciens Hébreux, quarante ans représentaient la durée d’une génération. Plus exactement, il ne s’agissait pas de la durée de la vie, mais de celle de la capacité active, que l’on situait entre vingt et soixante ans. Pourtant, il arrivait souvent, comme ce fut le cas pour Moïse, qu’un homme accomplisse l’œuvre principale de sa vie bien au-delà des limites de cet « âge de la capacité active ».
Dans le cas présent, on peut dire qu’une génération entière, que l’on pourrait appeler la génération de l’Exode, quitta la scène. Ses enfants commencèrent la conquête de la terre promise par Dieu au peuple, mais ce ne furent pas eux qui l’achevèrent : cette tâche revint aux petits-enfants de ceux qui avaient quitté l’Égypte. Que la conquête se soit étendue sur trois générations n’est évidemment pas un hasard. On le sait : les migrants de la première génération, qu’ils soient émigrés ou rapatriés, sont encore enclins à regarder en arrière ; psychologiquement, ils ne se sont pas tout à fait séparés de leur ancienne patrie, à l’exception des rares cas qui existent toujours.
Leurs enfants, surtout ceux qui sont nés après le déplacement, se sentent déjà habituellement habitants du pays, mais ils se souviennent encore qu’ils sont enfants de nouveaux venus, et ce souvenir peut marquer leur vie et leur perception de la réalité. Les petits-enfants de ceux qui se sont installés ailleurs se sentent déjà pleinement et sans réserve habitants du lieu. Ils n’ont nulle part où retourner et aucune raison de le faire, même en théorie ; s’ils se souviennent de leurs origines, c’est au niveau de certaines habitudes domestiques et de fêtes nationales, à condition qu’il y ait quelqu’un avec qui les célébrer.
Tel est l’aspect extérieur, ethnopsychologique, de la question. Il en existe un autre, plus profond et proprement spirituel, qui demeure cependant lié au premier. On ne peut accomplir l’œuvre de Dieu qu’en cessant de regarder en arrière, vers son entourage ou vers son propre passé. Pour conquérir la terre, le peuple devait perdre l’habitude de se retourner sans cesse vers l’Égypte. C’est pourquoi il fallait attendre qu’une génération fût remplacée par une autre : les enfants et les petits-enfants de ceux qui étaient sortis d’Égypte étaient prêts à combattre pour leur terre sans regarder en arrière, et à suivre Dieu de la même manière.
