RÉFLEXIONS pour Nb 12:16
L’histoire racontée dans le Livre des Nombres, celle des éclaireurs envoyés recueillir tous les renseignements possibles sur le pays qu’il fallait conquérir, montra une fois encore, et cette fois sans aucun doute, que le peuple n’était prêt à aucune guerre. En effet, rien qu’à voir les hommes revenir en portant une lourde grappe de raisin, il était facile de deviner que personne ne les avait poursuivis et qu’ils n’avaient rencontré aucune résistance particulière. Cette situation rendait en principe tout à fait possible la conquête du pays peu après l’Exode.
Il suffisait de remonter vers le nord depuis l’oasis de Qadesh-Barnéa, dans le Sinaï, où vivait alors le peuple qui avait fui l’Égypte, jusqu’à la région de Bersabée, puis d’Hébron, dans les contreforts méridionaux de la Judée. C’est précisément ce que firent les éclaireurs, sans rencontrer de résistance sérieuse ; le chemin était donc ouvert et tout le peuple aurait pu l’emprunter, s’il n’avait pas eu peur. C’était justement dans ce « si » que résidait le principal problème. Le peuple avait peur, et les éclaireurs aussi. Sous l’effet de la frayeur, des hommes ordinaires peuvent paraître des géants, et des villages entourés de murs peu élevés en briques crues, des villes dont les murailles montent « jusqu’au ciel ».
Cette peur était totalement irrationnelle, mais personne ne voulait l’avouer ; on eut alors recours à des histoires terrifiantes, en partie « vues » et en partie inventées en chemin. Le plus remarquable est que tout le peuple crut à ces récits, qu’il vaudrait mieux appeler des fables, et se prépara lui aussi à retourner en Égypte plutôt qu’à entrer dans ce pays tout proche, à portée de main.
Bien sûr, après avoir pénétré en Palestine par le sud, les conquérants auraient tôt ou tard dû affronter une résistance sérieuse de la part des habitants. Mais, en chemin, ce qui aurait pris un certain temps, ils auraient déjà pu apprendre bien des choses, y compris à combattre. La conquête de tout le pays n’aurait pas été une promenade, mais ils auraient pu s’établir dans les contreforts méridionaux de la Judée du vivant de la première génération sortie d’Égypte. Si, bien sûr, les hommes eux-mêmes avaient osé le faire. Ils ne l’ont pas fait, et la perspective d’entrer dans le pays s’éloigna considérablement. Il fallait désormais attendre le renouvellement de la génération. Ainsi, le choix des hommes modifie les projets de Dieu, et toujours dans le mauvais sens.
