RÉFLEXIONS pour Nb 12:1-15
L’histoire racontée dans ce passage, avec les accusations portées contre Moïse, peut sembler un exemple assez typique de châtiment divin. En effet : voici des accusations sans fondement, voici Dieu, voici la lèpre ; tout est là, tout est logique, simple et clair. En réalité, pourtant, les choses ne sont pas tout à fait telles que nous nous les représentons d’ordinaire. Ou même pas du tout. Toute la question est de savoir d’où l’on regarde et comment on construit la logique de la scène qui se dévoile. Vue de l’extérieur, on n’aperçoit qu’une succession linéaire d’événements : reproche, Tente de la Rencontre, lèpre, repentir.
Le schéma paraît d’une simplicité élémentaire, celui-là même que tracent habituellement les commentateurs : un reproche injuste, un recours à Dieu, le jugement et le châtiment de Dieu, suivis du repentir de ceux qui ont péché. Mais, si l’on regarde depuis la Tente, depuis le lieu de la présence de Dieu, tout devient entièrement différent. Avant tout disparaît cette succession linéaire d’événements sur laquelle reposent la plupart des commentaires de ce passage. Car, pour Dieu, il n’y a ni « avant » ni « après », du moins pas au sens où nous l’entendons.
Il entretient des relations avec des personnes concrètes, dans toute la plénitude de la dynamique de leur moment particulier. Autrement dit, pour Dieu, dans Sa relation avec chaque personne, il n’existe que cet « ici et maintenant » qui demeure dans la plénitude des temps de Son Royaume, tandis que, pour l’homme, il n’existe que l’« ici et maintenant » d’un moment concret, cet « instant entre le passé et l’avenir ». La question principale pour apprécier toute situation devient donc celle du rapport entre l’« ici et maintenant » d’une personne et l’« ici et maintenant » de la plénitude des temps de Dieu.
C’est cette dynamique de la relation entre l’« ici et maintenant » de Dieu et celui de l’homme qui détermine le déroulement des événements dans toute situation, y compris celle qui est décrite dans le passage. Une accusation, surtout si elle est injuste et sans fondement, arrache toujours l’homme à la plénitude de l’« ici et maintenant » de Dieu ; sa vie cesse alors d’être cette plénitude du réel qui est précisément « seulement un instant entre le passé et l’avenir ».
L’instant devient flou, et avec lui s’estompe la plénitude de la vie, qui ne peut exister que comme instant. Tout devient alors possible, non seulement la maladie, mais même la mort, à plus forte raison directement dans la présence de Dieu. Le repentir, s’il est authentique, ramène la vie dans l’instant présent et la met en rapport avec la plénitude de l’éternel présent de Dieu ; alors la maladie passe et disparaît sans laisser de trace. Dieu ne veut la mort de personne, Il veut pour chacun la plénitude de la vie. Le reste ne dépend que de l’homme.
