RÉFLEXIONS pour Mt 5:1-16 — le 7 avril 2021

RÉFLEXIONS pour Mt 5:1-16

Le Sermon sur la montagne est véritablement le sermon du Royaume. Les « Béatitudes » elles-mêmes, comme on appelle habituellement les bénédictions prononcées par Jésus au tout début du sermon (v. 3–11), témoignent que Jésus associe Sa venue à la manifestation dans le monde de la plénitude du Royaume. Ce n’est pas par hasard qu’Il parle du bonheur des « pauvres en esprit » (v. 3). Il s’agit manifestement de ceux que les livres prophétiques de l’Ancien Testament et le Psautier appellent simplement « les pauvres », bien que là non plus il ne soit certainement pas question de pauvreté matérielle. Le prophète Isaïe de Jérusalem fut le premier, dans l’histoire du peuple de Dieu, à parler de la pauvreté au sens évangélique, en associant le triomphe des pauvres à l’avènement de l’époque messianique (Is 29:19). Il est possible que les membres de la communauté des disciples d’Isaïe aient ensuite été appelés « les pauvres ». Cette communauté donna plus tard naissance à tout un mouvement qui demeura encore par la suite lié aux milieux prophétiques. Isaïe se comptait lui-même parmi « les pauvres », bien qu’il appartînt à l’une des meilleures familles aristocratiques de Jérusalem. Par « pauvreté », lui et ses disciples entendaient un état spirituel dans lequel l’être humain ne s’appuie sur personne ni sur rien au monde, sinon sur Dieu. Dans un tel abandon total à la volonté de Dieu, la personne, même riche et influente, restait devant Dieu un pauvre qui ne possède rien. Et dans le monde qui, selon la parole de l’Évangile, « gît au pouvoir du Malin », une telle personne ne pouvait le plus souvent espérer ni un royaume, ni même une vie paisible. Or voici que, selon le témoignage de Jésus, le jour dont parlait Isaïe est enfin arrivé : le jour du triomphe des « pauvres », auxquels le Royaume est donné. Il ne s’agit évidemment pas d’un royaume terrestre, mais de ce Royaume messianique dont Isaïe avait prévu la venue et auquel Jésus a rendu témoignage. Dans le Psautier, ces personnes étaient parfois appelées « les doux » ou « les humbles ». Si autrefois elles ne pouvaient même pas songer à posséder la terre, cette possibilité s’ouvre désormais à elles dans le monde en transformation (v. 5). Pourtant, le Royaume ne triomphe pas encore définitivement ni dans sa plénitude. Ce n’est pas par hasard que Jésus parle du bonheur des « persécutés pour la vérité » (v. 10 ; il serait plus exact de traduire cette phrase par « heureux ceux qui sont persécutés pour la justice ») et du bonheur de ceux qui sont persécutés à cause de Lui et de leur fidélité au Royaume (v. 11). Le Royaume « s’est approché » (Mt 4:17) ; il entre déjà dans le monde et le transforme, mais il ne s’est pas encore révélé dans toute sa plénitude. Les forces du mal résistent à cette révélation et s’abattent sur ceux qui vivent du Royaume et lui rendent témoignage. Telle est notre époque, l’époque du Royaume qui vient.