RÉFLEXIONS pour Pr 10:3 — le 6 avril 2021

RÉFLEXIONS pour Pr 10:3

Les paroles sur Dieu, qui ne laissera pas le juste avoir faim et qui retirera au méchant ce qu'il a accumulé, peuvent être comprises de différentes manières. Des aphorismes de ce genre ont plus d'une fois conduit des chrétiens réfléchis non seulement à la question de la justice sociale, mais aussi à l'idée qu'il faudrait redistribuer radicalement la propriété, même par la violence.

En lisant les reproches des prophètes, il n'est pas difficile de voir qu'eux aussi se prononçaient pour la justice sociale, en espérant toutefois non pas une révolution, mais le retour de la société à la Tora, à ses normes et à ses valeurs. Cependant l'aphorisme cité ici ne se limite pas à une problématique sociale, car le problème de la richesse et de la pauvreté a deux faces.

D'une part, il faut bien en parler comme d'un problème social, celui de la répartition juste des revenus de la société; la Tora propose des mécanismes très précis de redistribution de ces revenus en faveur des pauvres. En langage moderne, un État fondé sur la Tora serait un État social.

Mais il y a aussi dans cette question une autre face, liée à l'attitude envers les biens, la richesse ou la pauvreté, et plus généralement envers sa propre vie. Il suffit de se rappeler l'histoire, évoquée autrefois dans la presse, du suicide d'un millionnaire qui écrivit dans sa lettre d'adieu qu'il ne pouvait vivre dignement avec les deux millions de revenu annuel qui lui restaient.

On le voit, les principaux problèmes commencent quand l'homme se met lui-même à déterminer combien il lui faut « pour être heureux ». Et le problème central tient d'ordinaire au fait que la somme fixée et qui semblait suffisante finit tôt ou tard, et le plus souvent tôt, par ne plus suffire. La racine de tous ces problèmes est liée au fait que l'homme déchu a pris l'habitude de déterminer lui-même le sens, les buts, la forme et le contenu de sa propre vie.

Le chemin de la justice exclut une telle autodétermination: dans ce cas, l'homme ne s'appartient plus; c'est Dieu qui détermine comment et pour quoi il doit vivre, et le sens principal de la vie devient pour l'homme l'accueil de la définition que Dieu donne. Le niveau du revenu annuel n'est ici qu'une des déterminations, et non la plus importante, même si elle compte: autrement la Tora ne prêterait pas tant d'attention aux questions de justice sociale et de redistribution de la richesse commune en faveur des nécessiteux.

En fin de compte, tout se ramène aux paroles du Sauveur: « Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît ». Par « tout cela », si l'on en juge par le contexte, il faut entendre tout ce que les païens recherchent dans la vie terrestre. Tout se décide dans l'ordre des priorités: s'il est juste, le juste ne restera pas sans nourriture, à moins bien sûr que ses persécuteurs ne l'en privent délibérément, mais c'est une autre histoire.

Le méchant, lui, perd tout, non parce que des hommes lui enlèveront tout, même si un tel retournement n'est pas exclu, mais parce qu'il ne recevra ni le Royaume ni le salut; ainsi, avec toute sa richesse, il partagera, pour reprendre l'expression biblique, « le chemin de toute la terre ». Un chemin qui ne mène nulle part, comme le disent les auteurs des livres bibliques.