RÉFLEXIONS pour Is 5:16-25
« Malheur à ceux qui sont sages à leurs propres yeux et intelligents à leur propre jugement ! » Ces paroles sont très difficiles à recevoir, car il est désagréable, et parfois simplement catastrophique, de ne se sentir ni sage ni intelligent. À Moscou, il existe une excellente école spécialisée en physique et en mathématiques où sont réunis les enfants les plus doués. Cette école a produit une étonnante constellation de personnalités des sciences et de l’enseignement ; ses anciens élèves comptent quantité de professeurs, et pas seulement en physique et en mathématiques. Mais un jour, un garçon qui y étudiait s’est suicidé en laissant un mot : « Je ne veux pas être un imbécile. » Une jeune fille qui avait elle aussi fréquenté cette école a ensuite dû soigner ses dépressions pendant de longues années. Hélas, ces deux-là étaient loin d’être les seuls à avoir été ainsi traumatisés, parfois jusqu’à la mort. Est-ce une bonne chose ? Pourquoi donc la Bible nous appelle-t-elle à quelque chose de pareil : nous sentir ni sages ni intelligents, c’est-à-dire tout simplement idiots, si c’est si terrible ? En réalité, c’est précisément l’inverse : par ces paroles, le Seigneur nous met en garde contre cette terrible noirceur. En quoi consistait la chute du premier homme ? Il a voulu être comme Dieu (« vous serez comme des dieux », Gn 3:5), et Dieu est avant tout sage. Mais le texte poursuit : « vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal ». Et aujourd’hui le prophète dit encore : « Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal. » Autrement dit, malheur à ceux qui connaissent le bien mais l’appellent mal. Le malheur n’est plus ici que nous sachions, mais que, sachant, nous fassions semblant de ne pas savoir : une sorte de seconde chute, « en sens inverse ». Pourquoi donc nous éloigner de Dieu dans un sens ou dans l’autre ? Si nous comprenons très profondément, intérieurement, que Dieu est infiniment plus sage que le plus sage d’entre nous, les hommes, si nous nous en souvenons toujours et gardons à l’esprit cette hauteur inaccessible et incontestable, toutes les différences entre nous s’effacent. Elles deviennent à peine perceptibles, comme la différence entre les maisons, même les gratte-ciel, et les masures lorsqu’on les regarde par le hublot d’un avion. La question elle-même perd tout simplement son sens. Lorsque l’on pense à sa propre insignifiance, à sa sottise, à son péché, à son inutilité, on en vient inévitablement à cette pensée : « Alors pourquoi est-ce que je vis ? » Une seule chose nous sauvera : Dieu, si sage, plus sage que le plus sage des hommes, m’aime, veut que je vive, « a voulu que je sois ». Alors la question : « Suis-je une créature tremblante, ou en ai-je le droit ? » cesse tout simplement d’exister. Il m’aime, Il m’a conduit ici et m’a béni pour la vie, car « Dieu parle à chacun avant de le créer… » (R. M. Rilke).
