RÉFLEXIONS pour Ex 11:1-10
En lisant les chapitres du livre de l’Exode consacrés au récit des plaies d’Égypte, une question surgit malgré soi : quel était donc le dessein initial de Dieu à propos de tout ce qui se passait ? Dieu dit à Moïse : le pharaon n’a pas écouté, afin que les « prodiges se multiplient » en Égypte. Dans beaucoup d’autres cas, l’écrivain sacré indique directement que c’est Dieu qui a endurci le cœur du pharaon, au sens où Il l’a rendu dur, inflexible, intraitable. Avec un tel cœur, l’homme devient obstiné, comme le fut le pharaon dans l’histoire avec Moïse. Les demandes forcées et les appels au prophète ne comptent pas : parfois les circonstances extérieures peuvent briser même un homme très obstiné, mais cela ne signifie pas encore qu’il se soit libéré de son obstination.
Dans d’autres cas, cependant, les mêmes chapitres disent que le pharaon endurcit lui-même son cœur. Qu’en est-il donc réellement ? La réponse à cette question n’est pas simple ; il y a là une antinomie, qui apparaît toujours lorsque la volonté de Dieu rencontre la liberté humaine. Chacun est libre de décider lui-même jusqu’à quel point son cœur sera dur, car c’est bien l’homme qui détermine le degré de sa propre obstination. Dieu, bien sûr, peut toujours changer la situation, car tous les cœurs humains Lui sont accessibles et ouverts.
Mais la changer ou non est une question à laquelle nul, sauf Dieu, ne peut répondre. Et même si Dieu nous expliquait pourquoi, dans tel cas concret, Il intervient ou n’intervient pas, pourquoi Il fait fondre le cœur des uns et ne touche pas celui des autres, nous ne comprendrions tout de même rien. Pour comprendre de telles choses, il faudrait connaître un cœur humain concret autant que Dieu le connaît. À aucun de nous, les hommes, une telle connaissance ne peut être accessible par définition. Une seule chose est claire : si Dieu n’intervient pas, s’Il laisse la situation à la volonté de l’homme, cela signifie qu’Il a pour cela des raisons sérieuses.
Ce qui, pourtant, ne L’empêche nullement d’accomplir Son plan sans la participation de celui qui ne veut pas participer à son accomplissement. Dans ce cas, celui qui refuse cesse d’être sujet de la providence de Dieu et en devient l’objet ; alors les prodiges de Dieu seront manifestés, pour ainsi dire, à ses dépens. Celui qui ne veut pas vivre comme il faut, comme Dieu conduit à vivre, montre malgré lui et de façon visible au monde comment il ne faut pas vivre. L’histoire du pharaon et de l’Exode est précisément devenue une telle démonstration, mais par la volonté du pharaon lui-même, et nullement par celle de Dieu.
