RÉFLEXIONS pour 2Tm 3:14-15
En tout temps, dans l'Église il y avait des discussions sur la définition du mot Tradition. Pour plusieurs la notion même de Tradition est liée à l'Antiquité, avec quelque chose qui plonge ses racines dans les profondeurs de l'histoire. On refusait en général la traditionalisation aux jeunes églises et communautés: car il ne s’agit d'habitude pas ici de plusieurs siècles d’histoire. Cependant les mots de Paul adressés à Timothée, disent que le problème de la Tradition n’est pas du tout le problème de l'ancienneté de ces éléments, desquels elle se forme.
En effet, Paul appelle justement Timothée notamment à tenir les Traditions, en dépit du fait que l'histoire de l'Église ne comptait alors qu’à peine quelques décennies. Qu’est-ce qui forme donc sa base? Et quelles sont ses caractéristiques distinctives? Avant tout, à la base de la tradition se trouve la fidélité, la fidélité en ce «qu’on a appris». Sans une telle fidélité, cela va de soi qu’on ne puisse parler d’aucune Tradition: car le porteur de n'importe quelle tradition est tel seulement tant qu'elle reste pour lui une forme naturelle et organique de l'existence personnelle, comme spirituel, tout comme existentialiste.
L’homme, dont la tradition déclarée par lui reste quelque chose d’externe, n'est pas un porteur de celle-ci, même s’il la connaît assez bien, tout comme n'est pas porteur de la langue celui qui l'a étudié comme un étranger, même si l'étudiant parle la langue étrangère librement. Mais lorsqu’il s’agit de la langue, la question se résout simplement : il s'agit de la langue étudiée dans l'enfance, comme chacun étudie sa langue maternelle. Il y a bien sûr aussi les traditions étudiées dans l'enfance, s’appuyant sur le mythe tribal ou national perçu en ce moment-là, dans l'enfance.
Une telle langue et un tel mythe forment au fait ce qu'on appelle d'habitude sensation de soi tribale ou nationale. Mais en effet, il est impossible d'apprendre la Tradition dès l'enfance: on ne naît pas chrétien, mais on le devient. Ici à la base de tout se trouve l'expérience spirituelle personnelle renforcée par l'expérience des Saintes Ecritures. Pourquoi donc c’est notamment les Saintes Ecritures qui jouent ici un rôle si important? Bien attendu ce n’est pas parce que la Bible contient des réponses à toutes les questions. Il s’agit d’autre chose: elle reflète l'expérience typique, caractère pour tous les temps de la communion avec Dieu.
Bien sûr, si ce n’est pas tous, alors beaucoup de ce qui sont décrits dans les livres bibliques sont décrits par ceux-là ou selon les mots de ceux-là, dont ce qui est décrit s'est produit pour la première fois dans l'histoire de l'humanité. Mais «pour la première fois» ne signifie pas «jamais plus»: ce qui est décrit par les pionniers de l'esprit devient après une partie de l'expérience de plusieurs (bien qu’on ne puisse parler du caractère massif ici : «le petit troupeau» reste petit). Et ces plusieurs peuvent toujours se tourner vers l'expérience des prédécesseurs pour comparer leur expérience avec les siens.
Ainsi naît la vraie Tradition : pas de l'antiquité, mais de l'essentielle, l’unité spirituelle reliant tous ceux qui vont sur le chemin de la justice et cherchent le Royaume. En effet, et Dieu, et le chemin de la justice, et le Royaume sont identiques dans toutes les époques. À la différence de la mode humaine variable, ils ne changent pas avec les années. Et le Royaume unit tous ceux qui sont devenus son habitant. Indépendamment des époques, de la langue et de la religion.
