RÉFLEXIONS pour Gn 44:1-34 — le 25 février 2021

RÉFLEXIONS pour Gn 44:1-34

Il existe aujourd’hui, comme il existait dans l’Antiquité, une compréhension parfois indistincte mais commune à tous les peuples : le semblable se rachète par le semblable. Tu as tué quelqu’un, sois prêt à mourir. Tu as volé, sois prêt à rendre au multiple ce que tu as pris. Comment pouvait-on dès lors racheter le fait d’avoir vendu son propre frère comme esclave ? D’une manière tout à fait évidente : en libérant son frère de l’esclavage et en devenant esclave à sa place. C’est quelque chose de semblable qui se produit après le « vol » de la coupe de Joseph par les frères, mis en scène sur son ordre.

Il est parfaitement clair que cette mise en scène fait partie du travail que Joseph accomplit avec ses frères. Il faut leur faire sentir ce que signifie être accusé sans être coupable, et l’être de telle sorte qu’il soit absolument impossible de se justifier, quand bien même on aurait mille fois raison. Peut-être comprendront-ils ainsi mieux ce que Joseph a ressenti lorsque ses frères l’ont vendu aux marchands d’une caravane de passage.

Il est important de le ressentir, mais cela ne suffit pas. Il s’agit en effet d’un travail spirituel. Joseph a besoin de comprendre quel choix feront ses frères lorsqu’ils devront décider de leur conduite, maintenant que le plus jeune doit rester esclave en Égypte. La situation est le miroir de la sienne : lui aussi avait été promis à l’esclavage en Égypte sans aucune faute.

On pourrait dire que les frères ont même eu de la chance : pour le « vol », le plus jeune d’entre eux encourait la peine de mort, et ce n’est que par la miséricorde de Joseph qu’il restait en vie, quoique esclave. Il en avait été de même autrefois pour Joseph : pour lui aussi, l’esclavage en Égypte avait été une grâce, substituée à la mort qui paraissait déjà presque inévitable. C’est alors que Juda proposa de devenir esclave à la place de Benjamin.

Cette proposition règle l’affaire : encore un peu, et Joseph se révélera à ses frères ; l’épreuve est terminée. Pourquoi précisément maintenant ? Ce n’est pas difficile à comprendre : parmi les frères, il s’en est trouvé au moins un qui était prêt à racheter ce qui avait été fait à Joseph. À le racheter, bien sûr, dans le sens le plus habituel et traditionnel du terme ; mais même là se trouvait déjà ce qui appartient à toute rédemption et sans quoi aucune rédemption n’est possible par définition : la disposition à prendre sur soi les conséquences des actes et des péchés d’autrui. À les prendre uniquement par amour, sans aucune contrainte. Le péché commis contre Joseph était désormais racheté, et Joseph pouvait se révéler à ses frères.