RÉFLEXIONS pour Gn 42:1-38
Le jour arriva enfin où les frères durent faire ce qu’ils avaient tant voulu éviter : ils durent se prosterner devant Joseph. Ils ne le reconnurent pas, il est vrai, ce qui n’a rien d’étonnant : ils ne s’attendaient aucunement à trouver leur frère à la place du premier ministre. Joseph, lui, reconnut aussitôt ses frères ; sans doute ne les avait-il jamais oubliés.
Seule paraît étrange la manière dont Joseph se comporte envers ses frères. S’il voulait leur donner une leçon ou les punir, qu’est-ce qui l’empêchait de le faire immédiatement ? S’il leur avait tout pardonné, pourquoi ne pas se dévoiler dès leur première rencontre ? Joseph a manifestement d’autres projets ; il attend quelque chose de ses frères.
Peut-être veut-il obtenir quelque chose d’eux, ou peut-être leur expliquer quelque chose. Une explication brutale serait bien sûr inutile : si les frères de Joseph avaient jusque-là vécu sans lui et ne pensaient guère à lui, c’est probablement qu’ils l’avaient tout simplement vendu comme esclave et oublié. Peut-être ne l’avaient-ils pas complètement oublié, mais ils ne pensaient certainement pas souvent à lui. Joseph veut donc les obliger à se souvenir. À se souvenir précisément, et non pas seulement à le voir dans toute la splendeur de sa position, dont aucun des frères restés au désert n’aurait pu rêver.
Les frères auraient certainement reconnu ce nouveau Joseph, et ils en auraient tout aussi certainement pris peur : désormais, il pouvait fort bien leur rappeler tout le passé, s’il le voulait. Mais Joseph voulait qu’ils se souviennent justement de leur ancien petit frère, celui dont ils avaient tant voulu se débarrasser, qu’ils se souviennent de la façon dont ils l’avaient vendu comme esclave. La situation s’était maintenant inversée : autrefois Joseph dépendait de ses frères, totalement et sans réserve ; désormais, ils dépendaient de lui de manière tout aussi totale et sans réserve.
La suite est simple : si vous n’êtes pas des espions, amenez-moi la prochaine fois votre plus jeune frère et, jusque-là, laissez un otage. C’était une pratique tout à fait courante à l’époque ; même des dirigeants fort respectables d’États fort respectables recouraient à de telles méthodes. Ils ne pourraient désormais plus oublier leur plus jeune frère, jamais. Mais il y avait encore le blé reçu gratuitement. Il fallait leur faire comprendre que le mal n’est pas seul à se produire dans le monde, que le bien aussi s’y produit, et que l’homme peut choisir ce qui entrera dans le monde par lui. Ainsi Joseph donne à ses frères leur première leçon, dure mais absolument nécessaire.
