RÉFLEXIONS pour Gn 39:1-23
La vie de Joseph est remarquable en ce qu’il lui faut plusieurs fois tout recommencer de zéro, reprendre après un nouvel effondrement de sa vie. En Égypte, dès le début, pour parler comme un incroyant, il eut de la chance : il entra dans la maison d’un dignitaire de la cour, où il devint rapidement intendant. Joseph se révéla ingénieux et comprit vite comment faire pour que les domaines de son maître rapportent le plus possible.
Potiphar occupait l’une des plus hautes fonctions de la hiérarchie de la cour égyptienne : il était chef de la garde du palais de Pharaon. C’était un poste de responsabilité confié à des personnes particulièrement sûres, car la garde du palais assurait à la fois la protection personnelle de Pharaon et une fonction comparable à celle d’une garde nationale.
Potiphar avait probablement aussi sous ses ordres son propre service spécial, une sorte de contre-espionnage, ainsi qu’une prison spéciale où étaient détenus, d’une part, les criminels d’État particulièrement dangereux et, d’autre part, les prisonniers de haut rang. C’est dans cette prison que Joseph finit par se retrouver. Mais auparavant, il avait déjà gagné la confiance totale de son maître comme intendant de sa maison et de ses biens, et donc de ses domaines, qu’un haut dignitaire de la cour possédait certainement en plusieurs exemplaires. Administrer de tels domaines n’était pas simple : ils produisaient tous pour le marché et devaient procurer un revenu.
C’était l’équivalent, de nos jours, de la direction d’une grande entreprise agricole. Joseph s’en acquittait; il administrait les domaines de son maître de telle sorte que celui-ci ne se souciait de rien, « sinon de la nourriture qu’il mangeait », comme le dit l’auteur sacré. C’était une carrière dont un homme issu d’une tribu sémitique nomade n’aurait pu rêver. Joseph restait bien sûr juridiquement un esclave, mais sa position réelle était supérieure à celle de nombreux Égyptiens libres. Dans l’Antiquité, cela n’avait rien de rare, en Égypte comme dans certains autres pays.
L’effondrement survint de façon inattendue et nullement du côté où on aurait pu l’attendre : l’histoire avec la femme de son maître ruina tout. Joseph se retrouve en prison, mais là encore il devient bientôt une sorte de responsable, l’équivalent d’un doyen parmi les prisonniers. Dieu semble empêcher délibérément Joseph de s’établir dans un lieu où il aurait pu, en apparence, passer tout le reste de sa vie. Il ne le permet pas parce qu’Il a Son propre dessein pour Joseph.
