RÉFLEXIONS pour Gn 30:1-24
La rivalité dans la procréation entre les femmes de Jacob peut paraître étrange au lecteur moderne. D’ailleurs, au lecteur moderne, du moins occidental, la situation même de la polygamie peut paraître étrange et inhabituelle : un harem reste encore quelque chose d’exotique pour la plupart d’entre nous qui vivons dans des pays traditionnellement qualifiés de chrétiens.
Pourtant, dans un harem, la situation décrite est tout à fait ordinaire, surtout dans l’Antiquité, lorsque la tâche principale d’une femme était de mettre au monde des enfants, des garçons avant tout. La bénédiction de Dieu se mesurait souvent précisément de cette manière, au nombre d’enfants. Les femmes de Jacob ne firent pas exception : Léa comme Rachel s’efforçaient de toutes leurs forces. C’est là que surgit le conflit : la femme aimée était naturellement Rachel, pour laquelle Jacob avait travaillé comme berger pendant quatorze ans, mais c’était Léa qui mettait au monde le plus d’enfants.
Un équilibre singulier s’établit. Rachel était aimée comme femme et comme épouse ; il y avait là davantage de sentiment personnel et de relation personnelle, indépendants de toute coutume tribale. Léa, en revanche, était la mère de nombreux enfants de Jacob, mère avant tout. Aux yeux de tout homme de cette époque, elle passait pour bénie de Dieu, pour peu qu’il considérât la situation à travers les clichés tribaux habituels.
Jacob dut apprendre à voir au-delà de ces clichés, ou à travers eux, et son amour pour Rachel le lui apprit. Un tel regard est absolument indispensable à une vie spirituelle accomplie ; sans lui, une véritable communion avec Dieu est impossible. Pour que cette communion devienne pleine, il ne doit y avoir dans la vie d’un homme aucun cliché ni aucun automatisme. Il peut fort bien nous sembler aujourd’hui qu’il n’existe presque aucun cliché dans la vie de ceux que nous appelons couramment « sauvages » ou « hommes primitifs », ou, pour employer un terme scientifique, membres de sociétés traditionnelles.
En réalité, il n’y en a pas moins que dans notre propre vie ; ils sont seulement différents, et nous ne les remarquons pas toujours. Or tout cliché est dangereux pour la vie spirituelle, même ceux qui peuvent parfois passer pour une sagesse traditionnelle. Ainsi Dieu libère Jacob des clichés et des stéréotypes propres à son esprit d’homme de son époque, car Jacob devait devenir non seulement le chef de sa tribu, mais le chef du peuple de Dieu.
