RÉFLEXIONS pour Gn 7:1-24
Le salut de l’humanité du déluge est présenté par l’auteur de la parabole de manière pleinement symbolique : les hommes et les animaux sont sauvés dans l’arche, sur un navire construit par Noé sur l’ordre de Dieu. Les littéralistes et les critiques bibliques ont brisé bien des lances en tentant de prouver, les uns l’absolue historicité du récit, les autres son caractère tout aussi complet et absolu d’invraisemblance et l’impossibilité des événements décrits par l’écrivain sacré.
Pourtant l’auteur n’avait nullement l’intention de décrire les événements littéralement : il a lui-même emprunté le récit du déluge à un mythe qu’il n’avait pas inventé, comme pour faire comprendre d’avance au lecteur que son récit a un caractère symbolique et qu’il faut le recevoir comme un mythe, non comme une chronique. Mais le mythe, pour l’homme du temps de l’exil à Babylone, n’est pas ce qu’il est pour nous. Pour nous aujourd’hui, le mythe représente quelque chose comme un conte ou une légende, et nous les percevons comme une œuvre littéraire particulière, où la fiction peut être aussi présente que dans les contes de Ch. Perrault ou des frères Grimm.
Pour les anciens, en revanche, le mythe était une description de la réalité, mais une description symbolique. Le symbole n’est pas une allégorie ni une fiction ; il n’est pas arbitraire. Les symboles forment une sorte de langage, dont les éléments, quant à leur interprétation, n’admettent pas plus d’arbitraire que les mots de n’importe quelle langue naturelle. Le déluge et le navire dans lequel les hommes sont sauvés avec les animaux constituent un mythologème bien connu des anciens, qu’ils soient Égyptiens, Sumériens ou Grecs.
Considéré comme une histoire, un tel mythologème paraît en effet absurde ; mais si on le lit précisément comme un mythologème, comme une phrase écrite dans une langue symbolique, nous obtenons des sens qui ne sont plus du tout absurdes et qui sont justement ceux que l’écrivain sacré voulait nous transmettre. Il s’agit de l’unité et de l’intégrité de tout le genre humain, du dessein de Dieu où volonté et permission se côtoient. Le déluge relève plutôt de la permission de Dieu que de la volonté de Dieu.
Dieu ne veut pas la mort des hommes, mais l’humanité ne peut pas continuer d’exister dans l’état spirituel où elle se trouvait avant le déluge. Dieu conserve donc l’humanité, en la personne du juste et du monde qui trouve place avec lui dans son navire, construit sur l’ordre de Dieu. L’humanité n’est pas seulement sauvée, elle est purifiée et renaît. Ou, du moins, elle reçoit une nouvelle chance de recommencer son histoire à partir d’une page blanche ; ce que deviendra cette page dépend des hommes.
