RÉFLEXIONS pour Lc 2:1-20
La Vielle de Noël
Rien n’a encore commencé. Tout est déjà passé.
D’un bout à l’autre, une douce brume a voilé la lumière.
Le brouillard ruisselle d’humidité : tantôt pluie, tantôt neige.
Impossible de distinguer vallées ou montagnes, lacs ou rivières.
S’approchant sans bruit, d’un bout à l’autre
un seul voile cache tous les lointains,
Un linceul blanchâtre sans image, sans couleur ni limite.
À deux pas, on ne voit plus rien, et dans la neige fondue
s’efface la trace
De ce couple inconnu pour lequel
il n’y a pas de place à l’auberge.
De nouveau les ténèbres couvrent la face de l’abîme, comme
avant le commencement des temps.
Tout s’abandonne à la torpeur du néant, à la brume et au sommeil.
Comme le sapin sous la neige, comme la bête dans sa tanière, la volonté sommeille
et la raison se tait.
Peut-être le cœur de l’amour veille-t-il, mais l’amour lui-même
dort et dort encore.
Dans le calme et le silence, heure après heure, l’œil se voile
et l’esprit demeure aveugle—
Jusqu’à ce que minuit, aux aguets, distingue le cri d’un enfant.
(S. S. Averintsev, Genève, 24 décembre 1994)
La Vielle de Noël — veille de Noël (fr.)
