RÉFLEXIONS pour Genesi 2:4-25 — le 2 janvier 2021

RÉFLEXIONS pour Gn 2:4-25

Qu'est-ce que l'homme ? Et qu'est-ce que le jardin d'Éden ? À première vue, il pourrait sembler qu'il s'agit d'une géographie tout à fait réelle, terrestre. Pourtant, tous les peuples possèdent une telle géographie sacrée. Chaque peuple a sa propre terre sacrée, sa patrie ancestrale mythologique, généralement là où s'est éveillée sa mémoire historique, là où sa propre histoire a commencé. Les Juifs se souviennent d'eux-mêmes depuis le temps d'Abraham, et donc depuis Harrân, en Mésopotamie du Nord, où se trouve aussi le jardin d'Éden. Il y avait encore autre chose : le souvenir de l'époque que les Grecs appelaient « l'âge d'or », quand l'humanité vivait en parfaite harmonie avec le monde, avec les autres hommes, avec les dieux et avec elle-même.

Le jardin d'Éden du Livre de la Genèse réunit les traits de la patrie ancestrale mythologique du peuple juif et la description du monde au temps de « l'âge d'or ». L'auteur sacré veut ainsi nous dire que cette époque n'est pas un simple mythe, que l'homme a réellement vécu autrefois en parfaite harmonie avec Dieu, avec le monde, avec lui-même et avec les autres. Comment était donc l'homme parfait ? Le Poème de la Création dit de lui que, seul de tous les êtres vivants créés par Dieu dans notre monde, il a été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu.

Tous les animaux sont créés chacun selon son « espèce », ou, comme nous le dirions aujourd'hui, selon son prototype. Seul l'homme n'a pas de prototype : chaque personne est créée à l'image de Dieu, et Dieu Lui-même devient le « prototype » de l'homme. Comment cela est-il possible ? Du point de vue de sa nature, l'homme ne diffère pas des autres êtres vivants : Dieu l'a formé de la « poussière du sol », et, à l'époque où fut écrit le récit de la création de l'homme, on pensait que l'univers entier était lui aussi composé des plus fines particules de poussière.

La nature humaine comme telle n'a rien d'unique. L'unicité de l'homme est ailleurs : dans ce « souffle de vie » grâce auquel il devient une « âme vivante ». Dans la Bible, l'« âme » n'est pas une structure statique, mais un processus, ce courant de vie où sont présentes à la fois une composante spirituelle et une composante naturelle, depuis les élans spirituels les plus élevés jusqu'à la simple physiologie, comme la respiration ou la circulation du sang.

Un philosophe moderne appellerait probablement ce courant l'existence. Telle est l'âme humaine au sens biblique du terme. Et si le courant de la vie humaine existe tel qu'il existe, c'est grâce à ce même « souffle de vie » : le souffle de Dieu, la présence de Dieu au centre même de notre propre personne, qui rend possible son existence même.

Sans le « souffle de vie » de Dieu, il n'y aurait pas d'homme comme image de Dieu, mais simplement une espèce de primates de plus. C'est pourquoi l'homme n'existe pas sans une communion incessante avec Dieu : la respiration n'est pas un acte ponctuel, mais un processus qui doit se poursuivre sans interruption. Dieu a conçu et créé l'homme pour une communion incessante avec Lui, hors de laquelle il ne peut tout simplement pas rester lui-même au sens spirituel. Et pourtant Dieu laisse l'homme libre : il peut vivre comme Dieu le lui propose, ou choisir sa propre manière d'exister, en assumant l'entière responsabilité de toutes les conséquences de son choix.