RÉFLEXIONS pour Jn 2:16
Il arrive souvent dans la vie religieuse qu’une tradition soit apparue on ne sait quand ni pourquoi, se soit solidement fixée, soit entrée dans l’usage, et devienne plus intangible que des traditions dont on sait tout et dont on n’a aucune raison de mettre en doute la qualité spirituelle. Et souvent, la tradition n’est pas seulement peu heureuse, elle contredit même directement les normes de la Torah ou de l’Évangile. Comme le commerce dans la cour du Temple de Jérusalem : il contredisait la Torah directement et sans ambiguïté, il était apparu Dieu sait quand, mais personne n’y touchait, tant la fausse autorité d’une fausse tradition soutenait solidement une mauvaise pratique.
D’ailleurs, comme cela arrive d’ordinaire en pareil cas, plus encore que l’autorité, ce sont la commodité et le profit qui soutenaient la mauvaise tradition. La commodité de ceux qui venaient au Temple de loin et pouvaient acheter ici même, dans la cour du Temple, tout ce qui leur était nécessaire. Le profit de ceux qui étaient prêts et heureux de leur vendre cela, comme toujours, plus cher que sur les marchés de Jérusalem. Et la violation de la Torah entra dans les usages.
Il semblerait que ce soit une broutille : dans le Temple de l’époque évangélique, il y avait tant de cours que plusieurs petits marchés auraient pu y trouver place sans nuire aux sacrifices eux-mêmes. Mais Jésus ne traite nullement cette « broutille » comme une broutille. Pour Lui, tout est absolument sérieux. Si c’est la maison de Dieu, alors c’est la maison de Dieu. Jusqu’au bout. Sans compromis. Sans invoquer une mauvaise tradition contraire à la Torah. Sans regard pour les commodités et le profit.
Et il ne s’agit pas d’une dureté légaliste particulière de Sa part, ni d’un rigorisme quelconque, il n’y a rien de cela en Lui. Il s’agit du fait qu’Il comprend ceci : dans la vie spirituelle, et dans la vie en général, il n’y a pas de broutilles. Non parce que Dieu serait tatillon, mais parce que tout compromis divise spirituellement l’homme. Et servir deux maîtres, comme le dit le Sauveur, est une entreprise sans avenir. Dans le Royaume, il n’y a qu’un seul Roi : Lui-même, établi sur ce Royaume par Son Père céleste.
Et là, dans la vie du Royaume, il ne peut y avoir de compromis. Simplement parce que c’est toujours une vie en plénitude. Au maximum. Autant que l’on peut accueillir, mais sans rabais ni indulgence. Autrement, on ne pourra pas vivre dans le Royaume. Cela signifie qu’il vaut mieux, pour ceux qui cherchent le Royaume, ne pas s’habituer aux compromis. Au moins afin de ne pas devoir ensuite s’en déshabituer longuement et peut-être douloureusement, comme on se libère parfois douloureusement de mauvaises habitudes et de mauvaises traditions incrustées dans la chair et le sang, entrées dans l’usage, faciles à introduire mais dont il n’est ensuite pas si facile de se débarrasser.
