RÉFLEXIONS pour Dn 2:3
Dans l'antiquité tous les peuples sans exception donnaient une valeur particulière aux rêves. Et le problème ici n’est pas que les anciens ne connaissaient pas les particularités psychiques du rêve : déjà les philosophes grecs trouvaient que dans le songe l’homme éprouve assez souvent la même réalité, qu’il voit en réalité, seulement sous une autre forme. Le fait est que, à la différence de nous aujourd’hui, les anciens connaissaient autre chose: la différence entre son propre rêve et le songe. Le rêve était pour eux notamment ce que les philosophes grecs disaient : la réflexion de la réalité «du jour» sous une forme modifiée. Le songe lui était perçu, comme spécial, pas défini par la réalité journalière, une expérience spirituelle, qui pouvait être directement liée avec une révélation reçue des forces supérieures (tous les peuples de l'antiquité étaient d'accord du fait que les songes sont parfois la conséquence de l'influence directe des dieux et les esprits sur la conscience de l’homme). Bien sûr, la pureté spirituelle de telle sorte de révélations pouvait toujours être mise en question : car l'expérience spirituelle du paganisme est initialement ambiguë.
Cependant l'essentiel est ailleurs : le songe, à la différence d’un rêve simple, était une expérience notamment spirituelle, et non purement psychique, comme était le rêve ordinaire. Et pas seulement parce que les songes pouvaient être la conséquence des influences spirituelles sur l’homme de la part des forces spirituelles supérieures (ou, au contraire, sombres), mais encore et parce que les songes se distinguaient d’une clarté et netteté extraordinaire, qui entre autres s'expliquait aussi par le fait que l’homme, se trouvant dans l'état du songe, ne dormait vraiment pas du tout, mais somnolait, dans tous les cas, sa conscience pendant le songe fonctionnait d'habitude tout à fait clairement. Et la clarté de la conscience est l'essentiel et tout à fait la condition sine qua non de toute expérience spirituelle. Si une telle clarté est absente, l’homme se trouve, au fond, dans le délire ou en demi- délire, comme cela arrive d'habitude dans le rêve. Et dans la tradition yahviste les songes jouaient leur rôle, bien que les prophètes, par exemple, aient un rapport ambigu envers les songes, les considérant une forme inférieure de la vie spirituelle en comparaison avec la traditionnelle révélation prophétique (assez souvent extatique), supposant toujours l'état de somnolence, et non de rêve.
De toute évidence, agissant contre la confiance aux songes, les prophètes craignaient notamment la confusion spirituelle, craignaient que le songeur peut, n'ayant pas compris, se tromper non seulement du sens de l'expérience reçue, mais aussi de la qualité spirituelle de sa source. Et toute de même à la période d’avant captivité, à l'époque de l’hellénisme, quand fut écrit le Livre de Daniel, les songes commencent à jouer dans la tradition yahviste (plus exactement, dans le judaïsme) un rôle spécial, et avant tout dans le milieu des visionnaires et apocalyptiques. C'était probablement lié au fait que la tradition classique était à cette époque déjà dans le passé, et la nécessité d’une révélation directe dans le peuple de Dieu existait. Alors en ce moment les songes sont devenus la principale forme d'une telle révélation directe.
Mais aussi à cette époque, bien sûr ce genre d'expérience ne se limitait pas aux cadres seulement de la tradition yahviste ou judaïque, et l'auteur du Livre de Daniel part de cela pour tous les faits évidents. Une fois le songe fini, ce n’est pas chacun qui pouvait comprendre le sens de ce qui a été vu: car il faut pour la compréhension un effort spécial spirituel, dont ce n’est pas chacun qui est capable. Mais plusieurs pouvaient voir le songe. Indépendamment du statut social, du niveau intellectuel et de l'appartenance religieuse et culturelle. En effet, presque tout ici dépend de Dieu. Et Il ne Se limite d’aucun cadre, si habituel aux gens.
