RÉFLEXIONS pour Lc 24:45
De quoi l’homme a-t-il besoin pour lire la Bible ? D’intérêt ? Oui, bien sûr, d’abord d’intérêt, sinon il n’y a même pas de sujet : sans intérêt, l’homme ne prendra pas le livre en main. Mais il faut aussi savoir lire. Qu’est-ce donc, au fond, qu’un texte, n’importe lequel : littéraire, artistique, musical ?
Des sens incarnés dans des signes. Dans des mots, s’il s’agit d’une œuvre littéraire. Dans des mots qui ne sont jamais univoques, sauf, bien sûr, lorsqu’il s’agit de termes ; mais la Bible n’est pas un livre théologique ni philosophique, elle ne contient pas de termes. Toute œuvre littéraire est un système de sens incarné dans des mots. Et il revient au lecteur de reproduire ces sens. De les recréer. De reconstruire à nouveau le système créé par l’auteur.
Parce que les sens ne peuvent pas être lus comme on lit une information sur un support où elle est enregistrée. Ils ne peuvent qu’être retrouvés, recréés à la suite de l’auteur, en parcourant son chemin. Bien sûr, pas exactement comme ils ont été créés ou révélés à l’auteur, car la copie est ici impossible. Toute lecture d’un texte devient son interprétation, que le lecteur le veuille ou non, qu’il en ait conscience ou demeure dans l’ignorance en imaginant qu’il « lit comme c’est écrit ».
Et il en va toujours ainsi, dans tous les cas, avec toute œuvre littéraire. Et si l’auteur n’est pas seul ? S’ils sont deux : l’homme qui a créé le texte et Dieu qui l’a inspiré ? On ne peut lire le texte, on ne peut recréer les sens, sans éprouver d’intérêt pour l’auteur, pour celui à travers qui les sens ont été révélés. Et si les sens n’ont pas été révélés par un homme, si à lui-même ils ont été révélés par un autre Auteur, et si l’homme n’a fait que les exprimer et les incarner ?
Alors, sans intérêt pour l’Auteur avec une majuscule, on ne comprend pas l’essentiel. Comprendre la Bible signifie comprendre Dieu. Et aussi, bien sûr, les hommes à travers lesquels Il a parlé. C’est cette compréhension que Jésus a enseignée à Ses disciples. Car Dieu se comprend le plus simplement chez Lui, dans Son Royaume. Et les hommes à travers lesquels Il a parlé se comprennent le plus simplement par l’Homme en qui Il s’est incarné. Alors la révélation et la vie s’unissent, et la parole de Dieu devient pleinement compréhensible par le « Verbe fait chair ».
