RÉFLEXIONS pour Lc 15:31
Dans la parabole du fils prodigue, toute l'attention du lecteur se concentre d'ordinaire sur le fils cadet, ce qui n'a rien d'étonnant: il est réellement le héros principal du récit, c'est autour de lui que se déroule l'intrigue et c'est à lui que se rattache le sens de la parabole. Le fils aîné se trouve au second plan; à première vue, il ne forme que le fond sur lequel se déroule l'action. Pourtant, en réalité, le fils aîné joue dans la parabole un rôle non moindre que le cadet. Il apparaît seulement sur la scène tout à la fin, après le dénouement, lorsque le cadet est déjà à la maison et que le père l'accueille dans la joie. Les lecteurs et les auditeurs prêtent souvent à peine attention au petit épilogue auquel participe le fils aîné; et s'ils y prêtent attention, ils le perçoivent comme une sorte de remarque en marge qui met en relief le récit principal.
Pourtant, le fils aîné ne diffère pas en réalité si profondément du cadet. Au fond, ni l'un ni l'autre ne savent ce qu'est une vie commune avec le père. Le fils cadet ne veut pas vivre d'une même vie avec le père; il prend ce qui est à lui et s'en va. Mais l'aîné ne reste dans la maison que par obligation, par sens du devoir; au fond de son âme, comme le cadet, il veut lui aussi une vie à lui, séparée, particulière; il veut une fête pour lui, avec ses amis et séparément du père.
Et le père lui dit: tout ce qui est à moi est aussi à toi; tout le sens de notre vie sous un même toit consiste seulement à ce qu'elle devienne réellement commune, une; sinon, le fait que tu demeures dans la même maison que moi ne changera rien pour toi. Je te serai seulement un poids, et au fond de ton âme tu chercheras tout de même à te débarrasser de moi, comme ton frère cadet. C'est bien ce qui se passe, et la différence tient seulement à ceci: le cadet réclame ce qui est à lui et part; l'aîné essaie de s'entendre avec le père, pour ainsi dire à l'amiable, de s'arranger pour vivre avec lui tout en menant sa vie séparée.
Le père dit directement à son fils que cela ne marchera pas: la vie peut être soit une, commune, soit différente; et alors il est plus honnête de partir que de faire semblant de rester dans la maison paternelle. Dans la parabole, manifestement, il n'y a pas d'opposition entre le mauvais fils cadet et le bon fils aîné obéissant; il n'y a que la description d'un seul et même problème spirituel, se manifestant de manières différentes dans la vie des deux fils. Ce qui s'est révélé ouvertement et dans toute son évidence dans la vie du cadet ne se manifeste pas avec autant de force ni d'ouverture dans la vie de l'aîné, et l'on ne sait pas encore ce qui est meilleur ou pire.
