RÉFLEXIONS pour Col 4:4
De quel «mystère du Christ» Paul parle-t-il? Et comment faut-il l'«annoncer»? La réponse semble claire: il s'agit du christianisme, de l'enseignement chrétien. Et tout serait en effet clair si Jésus avait laissé au monde un enseignement quelconque que Ses disciples et Ses successeurs auraient dû répandre. Mais justement, Il n'a laissé au monde aucun enseignement.
Et les apôtres, comme leurs contemporains, représentants de la première génération chrétienne, le savaient parfaitement. L'enseignement chrétien, dogmatique, théologie, morale, apparut plus tard, deux ou trois siècles après. Les premiers chrétiens savaient parfaitement ce que nous oublions souvent aujourd'hui: le christianisme n'est pas un nouvel enseignement, mais une vie nouvelle. La vie avec le Christ dans Son Royaume.
Bien sûr, les personnes qui vivent dans le Royaume peuvent très bien avoir, et même doivent inévitablement avoir, une manière propre de sentir le monde, liée à l'expérience de cette vie. Une manière de sentir le monde capable d'engendrer aussi une nouvelle morale et une nouvelle théologie. Mais tout cela est secondaire; à la base de l'expérience chrétienne se trouve précisément la vie, la vie du Royaume. Et c'est précisément le mystère de la vie du Royaume que Paul devait révéler à ceux auprès de qui il témoignait du Christ et du Royaume. Et il devait le faire en prison. Il semblerait que l'emprisonnement ne soit pas la meilleure situation pour prêcher.
D'ailleurs, à en juger par le témoignage du Livre des Actes et de Paul lui-même, son emprisonnement n'était pas très strict. Les visites lui étaient au moins permises, et il se servait de cette permission assez activement. Mais il ne s'agit pas seulement de la possibilité de communiquer. S'il s'agissait de prêcher telles ou telles idées, tel ou tel enseignement, tout serait plus simple. Les mots sont des mots, les idées sont des idées; ce qui importe alors, c'est ce que l'homme dit. Paul, lui, devait montrer à ses auditeurs, même en prison, non des mots ni des idées, mais une vie. Cette vie même du Royaume qui est le principal «mystère» du christianisme.
Ce n'est pas par hasard que l'apôtre parle de «mystère»: le mot grec correspondant signifiait déjà, avant le christianisme, quelque chose qui avait trait à une autre vie, non terrestre, dont ceux qui étaient initiés aux mystères religieux païens avaient l'expérience. Ces initiés parlaient peu et avec réserve de ces mystères, non tant parce qu'ils voulaient les cacher aux non-initiés, que parce qu'ils comprenaient ceci: leur expérience peut être vécue soi-même, elle peut être montrée, mais elle est presque impossible à transmettre par des mots.
De même, il est très difficile de transmettre par des mots l'expérience de la vie du Royaume. Mais si elle existe réellement, si l'homme vit de cette vie, on ne peut pas la cacher. Même lorsqu'on est en prison. Les personnes qui viennent auprès d'un habitant du Royaume verront non la prison où il se trouve, mais le Royaume où se déroule sa vie. L'essentiel est qu'elle se déroule précisément là, même lorsqu'on se trouve physiquement en prison. C'est pour cela que Paul demande qu'on prie.
