RÉFLEXIONS pour Lv 19:12
Le serment au nom des dieux ou des esprits était tenu pour sacré depuis longtemps, dès les temps prébibliques et pré-yahvistes. Dans ce cas, en promettant quelque chose à autrui ou à lui-même, celui qui promet appelle pour ainsi dire comme témoins ceux dont il mentionne les noms. La pratique yahviste différait peu, en ce sens, de la pratique païenne: en jurant par Dieu, l'homme L'appelait comme témoin de la promesse faite, d'ordinaire la promesse de faire quelque chose pour soi-même ou pour un autre. Par exemple, se venger d'un ennemi. Ou faire quelque chose pour un ami. Pour un partenaire. Pour un maître. Ou remercier Dieu lui-même: accomplir, par exemple, un sacrifice d'action de grâce en cas d'issue favorable d'une affaire.
Ou donner une certaine somme au Temple. Ou accomplir encore quelque bonne action. Ou même une mauvaise, s'il s'agissait d'ennemis. Il arrivait, par exemple, que l'on jure au nom de Dieu de punir un meurtrier, de se venger de lui. Mais quelle que fût la chose en question, le sens du serment était toujours le même: on faisait de Dieu au minimum un témoin, et au maximum un participant de tels ou tels plans et desseins humains. Souvent sans même prendre la peine de Lui demander ce qu'Il pensait Lui-même de ce qu'on projetait. D'ailleurs, au temps de Moïse, de Josué ou de David, on supposait par défaut qu'on pouvait toujours appeler Dieu comme témoin, si du moins il ne s'agissait pas d'une violation directe de la Torah, de la Loi donnée par Dieu.
C'est en ce sens que le Livre du Lévitique prescrit de «ne pas jurer faussement». Il ne s'agit pas seulement de ne pas promettre ce qu'on n'a pas l'intention d'accomplir, ni même ce dont on n'est pas sûr de pouvoir l'accomplir. Il s'agit du fait qu'on ne peut pas appeler Dieu comme témoin lorsqu'on a projeté quelque chose qui contredit la Torah. Là, Il ne voudra certainement pas être témoin. Mais il existe bien sûr un problème plus grave lié à de tels serments, celui-là même à cause duquel Jésus, on le sait, interdit purement et simplement à Ses disciples de jurer au nom de Dieu. En effet, l'homme qui prête un tel serment prend sur lui l'obligation inconditionnelle de l'accomplir.
Bien sûr, en pratique, à toutes les époques, les circonstances que les juristes appellent de force majeure étaient considérées comme un motif suffisant pour refuser d'accomplir un serment ou un voeu donné. Mais cela reste une concession, un pas fait vers la faiblesse humaine. Au fond, un serment ou un voeu donné au nom de Dieu doit être accompli dans tous les cas, ou bien il faut mourir. Si la question se posait ainsi, il y aurait peu de personnes désireuses de jurer au nom de Dieu.
Or, aux yeux de Dieu, elle se pose précisément ainsi. Et si l'homme n'est même pas en mesure de répondre de lui-même, ne serait-ce que parce qu'aucun de nous ne sait ce qui lui arrivera demain, il n'a guère de sens de prononcer de tels serments présomptueux ni d'offrir des voeux non moins présomptueux. C'est précisément ce que Jésus rappelle à Ses auditeurs, en les mettant en garde contre les serments au nom de Dieu, dont ils ne peuvent jamais être sûrs de l'accomplissement, simplement parce qu'ils ne s'appartiennent pas à eux-mêmes, mais justement à Celui par le nom duquel ils jurent.
